oct 28 2008

Un petit tour à la mer

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Bretagne du soir : yann chollet

Bretagne du soir : yann chollet

 

 

La mer a porté mon âme au-delà du mirage qu’est la vie.

J’avais peur de mourir mais n’avais-je pas eut peur de vivre !

Balancé à droite, puis à gauche par les errances d’un temps sur terre.

Balancé en haut, puis en bas par les sourires qui ne disent plus rien.

 

La mer me montra le beau, le silence de l’oiseau

La fureur d’une langue qui coulisse en un sens.

Au flux et reflux du moment, j’ai croisé l’absente

Le silence, l’amour, la victoire puis la nuit.

 

La mer me parla d’un pays où il fait bon vivre,

Me tendit son écume comme une invitation au voyage,

Me rendit fou d’elle et du monde et des hommes,

Jusqu’au jour où mes yeux s’ouvrirent enfin.

 

Arc en ciel à Saint-Malo : yann chollet

Arc en ciel à Saint-Malo : yann chollet

 

La mer se retira loin, laissant place au domaine qu’est l’estran.

Puis revint reprendre sa place en un mouvement.

Le rocher avait disparu, ma tristesse et l’ennui avec.

Je retourne les yeux au-dedans, pour trouver mots et sentiments.

 

La mer hurla, de grosses lames, des cris entendus au large

Le bateau errait dans les courants, coquille de noix sur l’océan

Le vide se brisa en une nuit d’ivoire, tomba sous le brisant

J’avais un peu de retard ce soir là, tu t’en souviens ?

 

Moi, je me souviens de la mer et de son sourire !

 

 

 

Batistes

oct 27 2008

Presse je t’accuse

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Presse censure et consors

 

 

Le Mea Culpa d’Alain Rémond, journaliste à Marianne !

 

Dans « Marianne » du 17 au 23 juin 2006, le journaliste Alain Rémond livre une information gardée le plus souvent discrète par sa profession. A travers son papier, il explique tout bonnement, la destinée des ouvrages des inconnus, qui arrivent dans les rédactions ou directement chez les journalistes : « Je l’ai mis de côté. Dans la pile des autres livres mis de côté ». Voilà donc le triste sort réservé aux illustres méconnus, qui de province, envoient leurs écrits dans les rédactions parisiennes, des myriades d’espoir en tête. Rédactions qui regorgent de piles de livres, donc, qui ne seront jamais lus. Plus loin dans l’article, il avoue avoir découvert par hasard, qu’un livre de sa pile, et qui plus est celui qu’il avait renoncé à lire quelques semaines plus tôt, était en fait celui de Daniel Shneidermann, « un confrère ami ». Bouquin, qui était signé sous le pseudonyme David Serge ! Hasard de la vie ou technique commerciale éprouvée, le dit auteur avait finit par dévoilé son identité. Sous la torture, on imagine ! Ce qui semble, si l’on constate le résultat, plus judicieux pour obtenir une page entière dans Marianne sous la plume d’Alain Rémond et dans d’autres supports comme ce fut le cas. Et oui, la vie est cruelle.

 

Presse écrite et télévisée même combat

 

Dans leur petite bulle culturelle, nos journalistes de la presse écrite suivent la vague commerciale. A l’identique de la télévision. Certains pleurent, en ce moment, le départ de leurs confrères Ardisson et Fogiel, prétextant la mort de talk show où tout pouvait se passer ! Il est vrai que parfois, je précise bien parfois, ces émissions présentaient des inconnus. Ne soyons pas dupes tout de même, l’essentiel de leur fond de commerce, c’est l’invitation de personnalités connus, d’amis. Toujours les amis des amis croisés dans les soirées. Il n’est pas rare de retrouver sur le même plateau trois invités, qui sont eux-mêmes animateurs d’émissions, entourés d’éditorialistes ou autres célébrités de la presse. Voilà la diversité culturelle tant adulée par ceux qui crient de voir Ardisson partir ! Il suffit d’observer les plateaux de l’année 2006 de l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » de Fogiel, pour comprendre la supercherie. Tu m’invites, je t’invite, on s’invite. Il y a là une similitude avec l’univers des livres. Similitude observée par exemple, à chaque parution d’un livre de Jean François Khan. Effectivement, lors d’une nouvelle sortie de l’auteur, président de Marianne, vous trouverez dans l’hebdo du même nom, plusieurs encarts parlant du livre pendant un mois. Puis vous le verrez comme invité sur la plupart des plateaux télévisés. Et cela même, si le livre ne présente pas un intérêt flagrant. Le copinage fait donc fureur dans les médias, détournant une place de liberté d’expression en place réservée “aux amis”. Peut-être ne faut-il pas s’étonner ensuite, de voir les lecteurs, les auditeurs, chercher ailleurs l’information, la nouveauté !

 

L’illustre inconnu de la pile de livres de Rémond

 

Le malheur dans l’histoire est d’avoir pour seul horizon, si vous êtes l’illustre écrivain inconnu de la pile de Rémond, l’unique espoir d’un papier dans votre hebdo local. Ce qui ne risque pas d’enflammer vos ventes ! Ni de rentabiliser l’affaire. Ne pensez même pas à un passage télé ! Il serait donc inutile, par constat et par expérience personnelle, d’envoyer votre œuvre dans les rédactions nationales ou régionales. Pourquoi ? Parce que si vous envoyez votre livre de septembre à novembre, on vous dira comme me l’a répondu Georges Guitton, responsable des livres pour Ouest-France : « Nous sommes en pleine rentrée littéraire monsieur…donc…». Donc, votre livre ne peut être un livre de la rentrée littéraire ! Pourquoi, je me le demande encore. Oui, c’est certain qu’il ne portait pas la marque Plon ou Albin Michel. N’envoyez pas votre livre dans les rédactions de novembre à Janvier, car cette fois, on vous répondra : « Nous sommes en plein prix littéraire monsieur…donc… ». Donc, votre livre n’en fait pas partie. Normal puisque que vous ne faisiez pas partie, non plus, de la rentrée littéraire. N’envoyez pas votre livre dans les rédactions de février à juin, car cette période de l’année est réservée aux scandales et aux biographies de stars ! Vous n’en êtes pas une ? Et puis, 6 mois après parution, on vous expliquera, comme me le soulignait un journaliste de l’humanité : « Monsieur, je viens de découvrir votre message et votre livre. Je viens rarement à la rédaction car je suis chroniqueur. Il me semble qu’à ce jour, votre livre n’est plus d’actualité.. ». A cet instant, je vous avoue que l’envie est plus forte, un seul mot vient à la bouche « Espèce de gros connard ». En définitif, gardez vos livres chez vous bien au chaud, n’écrivez plus, n’envoyez plus vos manuscrits chez les éditeurs de la place, lisez le « Da Vinci Code » ou le dernier d’Ormesson et « dormez tranquille » dis-je. Ne dépensez ni timbres, ni livres, n’ayez pas d’espoir envers ces journalistes que vous n’intéresserez jamais.

 

Le cercle bien fermé

 

Par ailleurs, dans cette histoire de cercle fermé, il est très énervant de ne jamais recevoir de remerciement de la part de ces journalistes, à qui vous aviez consacré vos plus belles dédicaces, pensant leur faire simplement plaisir. Ils sont décidément ailleurs ! Ils vous rendent, par leur impolitesse, presque invisible. Il reste donc à l’auteur inconnu, la possibilité de plier bagage et de garder ses mots pour plus tard ; espérant qu’un jour, cette bulle fermée culturelle explosera pour de bon à la manière dont les radios libres se sont imposées. Par ailleurs, ne tentez pas d’écrire un papier comme celui que vous lisez, parce qu’ensuite, lorsque vous enverrez votre livre on vous dira : « Monsieur, vous tirez sur nous et vous voulez qu’on vous consacre un papier ? ». Le prochain livre, maintenant c’est sur, je l’écrirais sous le pseudonyme « Daniel Shneidermann » ou « Loana », histoire de mettre quelques chances de mon côté.

 

Batistes. Auteur du livre “En Attendant Camille, Le monde s’écroule” éditions du Vent 2006.

oct 27 2008

Légion Je T’Accuse

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Image du livre Légion je t'accuse par yann chollet. Journaliste en Bretagne.

 

” Légion Je T’accuse : La face cachée de Kolwezi ” vient de sortir aux éditions REXY.

 

Une histoire, le périple d’un légionnaire, une vie mouvementée. Voilà le programme du livre ” Légion Je T’accuse ” qui vient de paraître aux éditions REXY. C’est l’histoire d’un jeune homme, qui devient par hasard légionnaire. Un ouvrage qui se lit rapidement et qui permet d’en savoir un peu plus sur la légion étrangère et surtout qui dévoile un aspect occulté de la période Kolwezi. Voici ci-dessous l’avant-propos du livre et l’adresse pour se le procurer.

 

Avant-propos :

 

” La grande muette garde ses vieux démons bien cachés. Avec le temps, les langues se délient pour nous rapporter des témoignages sur des conflits armés, occultés parfois pendant des décennies. Témoigner, révéler font office de thérapie pour certains soldats blessés dans leur corps sur le champ de bataille et plus encore dans leur âme après coup. C’est dans ce contexte, que nos dirigeants mènent la barque, que notre société contemporaine s’est construite. Le mensonge autour des guerres prédomine parfois sur la réalité des faits, laissant lesvictimes à leur propre sort. Depuis quelques années seulement, nous connaissonsla violence des tortures commises en Algérie. Un exemple parmi tant d’autres. Il manque dans nos livres d’histoire, dans les reportages télévisés formatés, un grand nombre de vérités sur les interventions militaires. Le secret défense permet de voiler le pire ; le silence camoufle les horreurs, les magouilles, les exactions ; l’honneur de la patrie est sauf.

 

Roger Rousseau, auteur de « Légion je t’accuse » aurait pu se contenter de garder ses vieux démons lui aussi, de tirer simplement un trait sur son passé de légionnaire. Il aurait pu se persuader que l’intervention militaire sur Kolwezi, au Zaïre, fut une réussite totale, une intervention propre. Il aurait pu porter sa croix de la valeur militaire sur sa tenue de sortie, encore des années, avec fierté ; faire une carrière exemplaire au sein de sa mère Légion. Mais voilà, Roger Rousseau, légionnaire engagé sous le nom Raymond Reignier, en décida autrement. En prenant le chemin de la désertion, il choisissait de passer dans le camp « des lâches », des fugitifs aux yeux de certains. Ce n’est que quelques mois après son retour de Kolwezi, qu’il préféra partir en cavale. Pourquoi une telle décision, alors que l’avenir lui souriait ? Simplement parce les images qu’il gardait du Zaïre, hantaient ses nuits d’affreux cauchemars. Sur place, il avait alors observé, impuissant, ses frères légionnaires violer des femmes, piller des maisons laissées vides par les Européens, des soldats commettre l’innommable sous les yeux d’officiers peu scrupuleux.

 

Bien sur, Roger Rousseau sait que l’action de l’armée sur Kolwezi a permis de sauver des vies humaines, que des soldats y sont intervenus en toute dignité. Il sait aussi que les guerres sont sales. Seulement voilà, au Zaïre, certains débordements auraient dû être évités. C’est pourquoi, pour se racheter une conscience, pour vider son sac après plusieurs décennies, il décide de balancer sans concession son témoignage. L’histoireest poignante et semble surréaliste par rapport aux mensonges officiels. Personne ne pourra cependant remettre en doute ce que Roger,allias Raymond, a vu de ses yeux.

 

Ce livre retrace également les tribulations cocasses d’un légionnaire. De son engagement au Fort Nogent en octobre 1975 au Nid D’Aigle en Corse ; de l’intervention au Zaïre aux « Nayas » de Djibouti. Sans omettre cette cavale de plusieurs années à travers la France, l’Allemagne, la Hollande et l’Irlande, au cours de laquelle, Roger Rousseau vécut tel un fugitif aux abois. « Légion, je t’accuse ! » n’est pas un pamphlet à charge contre la légion, ni un roman. C’est le récit d’une vie bien mouvementée. Un livre en hommage aux morts inconnus Zaïrois de Kolwezi. Au final, Roger Rousseau regrettera surtout d’avoir été trompé par « sa mère légion », qui lui avait dit un jour : « Légionnaire, tu es un volontaire servant la France avec honneur et fidélité ».

 

Certes, il est toujours possible dans ce monde déroutant qu’est devenu le nôtre d’accepter le silence, de s’enfermer chez soi, de fermer les yeux sur l’avenir qui se dérobe sous nos pieds. Il est plus facile, en ce troisième millénaire, d’entrer dans le rang et de s’asseoir dans le canapé. Ce genre d’attitudes offre toutes les libertés possibles aux décideurs, donne carte blanche à ceux qui voudraient souiller l’humanité, à ceux qui pensent plus aux profits qu’à la sauvegarde de notre planète. Dans le sillage de nos silences, traîne l’amertume, la douleur des peuples opprimés, les remords, un tas de victimes innocentes. Réveillons-nous, informons-nous et sachons dire non lorsqu’il est encore temps. Ainsi, peut-être qu’un jour, nous n’aurons plus à inscrire dans nos livres,le nom de guerres à venir, nous n’aurons plus à mentir. Servons-nous des témoignages du passé, comme celui de Roger Rousseau, pour nous souvenir qu’aucun conflit n’est propre. Seule la paix entre les peuples peut permettre d’envisager un avenir plus serein. Bien sur, l’idée semble utopique, mais n’avons-nous pas besoin d’un brin d’utopie pour espérer ? “

 

Batistes

oct 26 2008

Vision du bonheur (archive)

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Contact photographe pigiste en Bretagne : yann chollet

- Extrait « En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule » Ed du Vent. Batistes 2006. 

- (Commandez ce roman de 280 pages à  : Ed du Vent, 13 rue des Venelles, 22130 Plancoët) Envoi à réception du chèque de 21€.

 

Page 255 à 262 

 

” Bonheur ”

 

« Réveil fracassant, mal de tête, douleurs physiques, morales. Brouillard, brumes. Ce matin se lève et je chavire. Gorge sèche, oeil éteint, respiration lente, je dérive. Mes yeux s’ouvrent, se referment. Ma bouche émet les sons que ce dictaphone enregistre. Si je ne l’avais pas allumé, qui l’aurait fait. Allons-nous enfin connaître les dernières pensées du mort, sa vision finale sur ses contemporains ? Les derniers mots du condamné ? Que pense-t-il le damné qui dérive ? Il ne pense plus beaucoup mais dégueule ses paroles instinctivement. Je ne sais si je pourrais me lever jusqu’au pot, la force me quitte. Vais-je me vomir dessus ou baigner dans mon urine. Est-ce mon ultime recours !  J’ai repris l’apparence d’une bête malade qui se renferme sur son mal. Cette dégradation m’effraie.  - « C’est la nature, ne t’inquiètes pas » semble raisonner dans ma tête.

 

L’effort est vain, la carapace est brisée. La mort approche et je voudrais parler du bonheur pour m’en nourrir avant de mourir, pour attiser la curiosité des autres. Une fois encore, pour me dire que tout ne fut pas vain : ni ma jeunesse, ni mes amours, ni ma famille, ni mes filles, ni ma femme et, ni Camille, la seule qui restera. Ni vous, les autres que j’ai croisés. Ce livre, image instantanée de notre époque, n’est qu’un fait divers parmi les autres ; il laisse un instant qui sera détruit par ceux qui le liront et ne pourront s’empêcher de dire que je suis fou, que le monde va bien, que nous sommes heureux, que l’Afrique ne meurt pas du sida sous nos yeux. Il y a une certaine forme de révisionnisme perpétuel dans cet aveuglement quotidien. Ceux là, je les emmerde d’avance.

 

Je veux parler du bonheur qui n’est pas si loin. Je l’ai rencontré, le l’ai vu, tenu dans mes mains. Lorsque je le tenais, je ne le lâchais pas. Il faut le tenir, le serrer le bonheur quand il passe, car après c’est trop tard. Il ne faut pas l’espérer sans cesse mais le saisir, à bras le corps, au présent, sans se soucier des lendemains qui déchantent. On m’a offert du bonheur dans ma vie et j’en ai profité. J’aurais voulu le transmettre un peu plus mais le temps s’évade, le temps me l’a repris.  Je m’en souviens, il en reste en moi. Plus que le saisir, il faut s’en imbiber.  Savoir s’en imprégner afin de mieux le véhiculer. Le transmettre comme une pierre précieuse.

 

Je marche sur la plage, le sable fin me frôle le visage, les embruns salés volettent dans la brise. Au loin,elle est là.  J’ai dix ans mais je vois en regardant la mer, le bonheur qui passe. Le son des vagues me parvient, me pénètre, la mer résonne et je suis bien. C’est cela le bonheur simple.  Il est seize heures, je suis chez ma grand-mère, j’ai quatorze ans. Elle me prend dans ses bras, m’enlace.  Contre ses joues molles, je pose mon visage. Mon coeur bat la chamade, j’ai des frissons. Une chaleur m’envahit et pas un mot, je suis bien. C’est cela le bonheur.

 

Je m’endors chez moi, maman vient m’embrasser ; elle me raconte une dernière histoire presque silencieusement pour me bercer ; passe longuement sa main sur ma joue, dans mes cheveux ; me regarde en souriant, puis me souhaite bonne nuit en tirant les rideaux pour cacher la lune. Je suis apaisé, détendu. Mon père vient à son tour m’embrasser. Son haleine nicotinée ne m’empêchera pas de dormir, je pense déjà aux promenades du dimanche en forêt. C’est cela le bonheur.

 

Elle est belle, elle est douce, elle est jeune. Je viens de rencontrer le premier amour, le vrai. Le véritable amour peut-il exister à seize ans ? Je sors le soir avec elle, nous partons pour de longues balades. Les baisers sont doux, ils enflamment la peau, font frémir l’intérieur. Les mains caressent, les regards pétillent. Les mains caressent, le sexe se réveille. Il bande comme un bois dur. La fente de l’autre s’humidifie. De deux formeront un. C’est chaud, c’est bon. L’amour est langoureux, limpide. Et une fois encore et encore, on en redemande. Mes doigts s’immiscent dans les chairs humides, avec délicatesse et volupté, offrant à volonté gémissement et jouissance.  C’est cela le bonheur.

 

Je suis inconscient, dix huit ans, mes copains viennent me chercher. Nous partons pour des soirées d’ivresse, des soirées à fumer des joints sans compter. L’explosion est totale, les rires remplacent les gueules fades affichées au lycée. C’est du délire, les filles se donnent, s’offrent.  Nous écumons les bars, de rencontres en rencontres, de villes en villes et, la plage est le lit idéal. Nous finissons la course diurne, étalés sur le sable avec une blonde, une brune, une rousse. Chacun dans son coin avec une fille : ils étaient là, cachés sous la tente. Personne ne volait leur intimité. Qui le pouvait ? Leur univers à l’instant du premier baiser, attendu depuis des jours, n’était fait que de dérision et d’insouciance. Sur la sable, en ce moment de pur paradoxe, entre la réalité du baiser et l’immensité de cette confusion, ils s’aimaient sans attente et sans envie matérialiste. Il tenait contre lui cette passagère d’un soir, d’une semaine mais qui comptait déjà tant. Elle se laissait faire, docile, tranquille, en écoutant le flux et reflux du vent dans les rochers. Il était chez lui et il voulait déjà la garder ici. Elle était en vacances et savait qu’elle repartirait. Mais rien de cela et rien au monde ne pouvait les empêcher de croire qu’ils s’aimaient. Oui ils s’aimaient c’est sûr. Ils pensaient bien que cet amour sans lendemain valait la peine d’être consommé, le coeur battait après tout, n’était-ce pas l’essentiel ! Brunes, blondes, rousses. Elles sont plusieurs, elles aiment ça, nous aussi, l’amour fleurissant, les sensations des premières heures, des premières larmes. C’est cela le bonheur.

 

Je rencontre Claudine, nos corps s’embrasent, nos bouches s’embrassent, nos mains se resserrent. Elle est jolie, douce, délirante. Je suis cool, beau, délirant. Je l’emmène voir l’horizon en lui dictant des mots choisis au hasard dans ma tête et qui s’unissent pour former un poème. Séduite, elle se laisse toucher. Nos âmes se soudent, elle halète. Puis, nous regardons encore au loin, cette île qui ressemble dans la nuit à une tortue à fleur de 259 vague. Nous fumons quelques cônes, toujours, nous buvons quelques verres, encore. Les réalités s’estompent.  Nous projetons un avenir à deux. C’est cela l’amour. Le bonheur.

 

Nos amis sont là pour fêter un anniversaire. Les plaisanteries et les histoires animent le temps qui coule. Il n’y a ni méchanceté, ni haine. Les amis sont bien, nous aussi. C’est cela le bonheur ! Un matin, le soleil se lève, le monde respire sous sa chaleur. J’ouvre les volets, les gens passent sous la fenêtre. Je regarde ces gosses qui jouent, je rêve, je pense, je réfléchis ; j’espionne la voisine voilée derrière les carreaux, qui se déshabille lentement sans penser à la joie, que la vision de son corps inaccessible, me procure. C’est cela le bonheur.  Claudine vient m’apporter mon petit déjeuner au lit, elle me sourit, me dit bonjour. C’est cela. Ma fille va sortir du ventre de sa mère. J’entends son premier cri, boit son premier souffle. Je regarde l’infirmière, ma femme. Ma femme, l’enfant, l’infirmière, le doc. C’est beau. Je ressens quelque chose d’unique, de divin. Je la prends, la découvre pour une première fois. Elle semble me sourire, je souris. Je suis abattu, je tiens debout. C’est. Du bonheur.

 

Il y a donc du bonheur bon à prendre partout. Dans les moindres attitudes, sous toutes les latitudes, dans les moindres endroits de la planète pourvu que l’on veuille le recevoir, le voir, l’accepter, le transmettre. L’instant, le présent. Ne pas attendre demain : « Only one life ».

 

Demain je meurs. Ne pas attendre l’absolu bonheur.  Demain je meurs. Non, il ne le faut pas. Ne pas attendre les soirées dans les palaces, les voitures de luxe, les voyages à prix forts, les affaires et les gains. Le bonheur chemine discrètement autour de nous, il ne s’achète pas.  Il est dans un regard, une poignée de main, un sourire, un mot, une phrase, une prose, une chanson, un geste, un coup de téléphone, un livre. Une rue, une ville, un dialogue, un sage qui parle, un chien. Il est là. Il passe et s’attrape. Le bonheur, c’est celui qui peut faire changer les hommes. Les rendre indulgents, raisonnés, raisonnables, compréhensibles.

 

Bien souvent, les yeux sont clos, malheureusement, l’écoute parasitée par des mauvaises ondes et par ces phobies engendrées par les armes bactériologiques dont parlent les radios, dans un flux discontinu. Ces images laissent peu de place pour penser au bonheur. Le doute qu’ils redoutent. L’incertitude. Alors, on pense qu’il n’est que pour les autres ce foutu bonheur ; qu’il n’est pas passé et ne passera jamais. Celui qui le croisera pourvu qu’il le reconnaisse et sache s’en servir, pourra changer la face du monde. Ce sentiment savoureux apaise les humains. Il faut le transmette par delà les monts et vallées pour que vive la terre. Il doit survivre, le bonheur.  A ce jour, il est réduit à néant. Les tarés peuvent frapper à tous moments. Les fanatiques de tous genres vont sortir les vieilles maladies pourries des sacoches poussiéreuses ; peut-être parsemer la terre de graines de terreur ; ruiner le si peu d’espoir qu’il restait. Les croisades chaotiques ont repris. Les fous furieux frapperont à l’aveuglette sans se douter qu’ils ont tort : ils pensent avoir raison, veulent devenir les maîtres du monde au nom d’une religion. Guerre de religion. Guerre de concassage. Tas de chair humaine. Chère humanité, où es-tu ? Je veux des lendemains sans eux. Je veux l’arrestation des pollueurs de bonheur et de mes plages.  Je veux qu’ils portent la croix du mal qu’ils ont généré, afin dans sentir le poids. Les maîtres du monde ont l’argent, dominent l’économie, maîtrisent les âmes et jouent avec nos nerfs.

 

Le bateau des illusions flotte sur un océan de scepticisme. Faudra-t-il reconstruire une arche de Noé ?  Vivre sur un radeau de la Méduse ? Les hommes sont sur un navire voguant vers une destination inconnue. Dans la tempête, espérons qu’ils ne fassent pas naufrage, ils ont déjà chaviré si souvent, laissé tant de morts dans le sillage. Je redoute que les vagues ne les ramènent en poussière d’écume sur les rebords du monde, en un raz de marée difficile à contenir. Il est là, ne le laissons pas s’échapper par notre inertie permanente.  Ne le cassons pas. Ne l’oublions pas. Ravivons et transmettons la flamme d’où jaillit ce bonheur ».

 

batistes@aol.com

oct 21 2008

En Attendant Camille Le Monde S’Ecroule

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Toujours en quête de lecteurs pour mon second livre, voici en exclusivité pour vous, chers lecteurs de mon blog, l’introduction. Cette dernière résume bien l’ouvrage et le style que vous trouverez à travers ce roman noir de 270 pages, ouvrage critique de notre monde contemporain. A commander d’urgence pour que les auteurs indépendants puissent continuer d’écrire.

Vous pouvez commander ” En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule ” à éditions du Vent, Yann Chollet, 13 rue des Venelles, 22130 Plancoët (Envoi contre chèque de 21€). Tous renseignements par Email à batistes@aol.com

 

Introduction

Seul, dans ce lit qui pue la mort. Je vis mes dernières heures. Rien ne sort. Moi qui voulais tant dire. Octobre 2000. Un nouveau millénaire vient de naître et je vais partir. Je veux trouver les mots qui aideraient le monde à s’en sortir, pour me donner un avant goût de mort intelligente et avoir su marquer la terre par mes pensées, même si elles fusent vers une sorte de chaos inaccessible : direction un paradoxe qui s’interpose entre la réalité des faits, le silence des décideurs et la morosité indécente qui annihile l’esprit humain. Je pars avec elles et nul n’en saura sans doute rien. Si j’avais juste cette impression éphémère, que je vais manquer à quelqu’un.  Il ne reste personne. Je suis pratiquement le dernier des miens à m’éclipser. Je vais où les autres ne m’attendent pas, où je me retrouverai solitaire, où je ne serai rien. Là bas, d’où on ne revient pas. Chaos, néant, trépas. Moi, je voulais rester sur terre. Remarque, c’eut été trop simple si de la fin naissait autre chose : un ailleurs pour une seconde chance, une cité d’or pour un repos éternel, une vie théorique vide de charges à subir, une réincarnation subtile et bienfaisante. Si nous pouvions décider, savoir, tout serait si facile. La mort est une inconnue dont la serrure n’a pas de clef.

 

 

Maintenant, las, je n’ai plus qu’une phrase en tête merde la mort. Madame la grande faucheuse m’espère à bras ouverts et je ne reverrai plus Camille. Son image est pourtant si présente, elle guette dans la pénombre, me hante. Je sens son odeur d’enfant transpirer des murs de cet endroit où elle vécut, jadis, un jour, je ne me rappelle plus. La mort, son souffle me fait divaguer ; elle a sa drôle d’odeur, l’effluve du néant. Un fumet amer, à peine perceptible qui brûle mon envie d’exister, qui déchire mon intérieur, en silence. Je perds l’esprit. Peut-être est-ce la peur en moi ! Si je pouvais être assez fou pour accepter cette déception, ce départ sans retour, ce final mal taillé. Je tremble tant.

 

 

Malheureusement mes neurones fonctionnent. Je redoute peu à peu ce frisson froid. Quand ma chaleur corporelle s’évanouira dans l’atmosphère alors je pleurerai comme un gosse mal aimé. Cet effroi ne subsisterait pas pourtant si j’avais du malheur en moi ; si j’avais vécu comme une épave en mal, contente de tout quitter, heureuse de sombrer dans l’abîme ; si le passé comptait moins que demain, que les heures qu’il me reste à souffrir. Les souvenirs resurgissent de mes cases mémoires que je croyais éteintes. Elles s’allument une dernière fois, le bonheur prédomine. Mon existence en fut emplie. Un vrai bonheur ! Prédomine puis s’estompe.  Je laisse trop en partant si tôt. Si jeune, dirais-je égoïste, sans penser aux morts nés, à ces pauvres gosses oubliées par la vie, si vite. Ces enfants qui sont dans les petits tombeaux au bout de l’allée de la tristesse. Oui, tout au bout du cimetière, là-haut où nous passons en évitant du regard les morceaux de marbres de soixante centimètres de long pour vingt de large. Inconcevable cette allée où se trimballent la morosité et le désespoir d’une mère qui a perdu son enfant, son tout. La vision est trop douloureuse, les chemins trop sombres, les tombes trop minuscules et, ces feuilles qui s’éparpillent, à la moindre brise glacée venue d’ouest, les recouvrent comme si elles n’existaient pas. Ces bébés n’ont pas eu le temps d’exister d’ailleurs. A peine nés qu’ils étaient déjà morts, laissant néanmoins tant de sentiments inavoués dans le coeur de ces jeunes parents qui auraient tout donné pour une heure de plus, pour un ou deux jours d’existence en gage de souvenir comme une infime récompense à ces neuf mois d’attente. A quoi bon ! Ils sont seuls maintenant. Alors ma plainte n’est rien finalement, j’ai passé l’âge, j’ai connu la vie. Ceux qui dorment là-bas, dans les petites fosses, n’ont rien connu si ce n’est neuf mois d’attente pour mourir.

 

 

J’ai quarante-cinq ans. Je disais hier, en blaguant, être au seuil de mon éternelle jeunesse, avoir encore une moitié de temps à vivre. Ironie du soir, mon sort est ailleurs. Je pensais n’avoir consumé qu’une infime partie de l’immensité terrestre. Le monde est si grand. Sa découverte se décline à l’infini. Les hommes avaient besoin de moi, j’en suis sûr et j’avais besoin d’exister pour survivre à mon angoisse. Tout quitter, beaucoup trop vite, soudainement. Vite, la voilà qui rode. Non, ce n’est pas encore elle. On n’est pas à la seconde. Mes minutes ici-bas se sont transformées en jours. Le moindre état d’éveil je leguette. Je le saisis. Je meurs, en fait, en bouffant la vie, en débordant de volonté de consommerl’instant. Pris par la fatigue, en panne d’énergie, je m’épuise à survivre, me condamne. C’est de l’automutilation. Les seuls moments où je tiens bon, je les passe à écrire ceci. Comme si mes mots allaient passer le cap ! Ils tariront dans les bas fonds d’un cercueil. De préférence une urne, c’est mon souhait.  Si par hasard tu les lis, toi l’inconnu, alors suis-moi, c’est que quelqu’un les a ramassés pour toi et ce monde qui s’écroule. Viens, je t’emmène te perdre, en ma compagnie, sur les chemins du paraître, sur la longue route de ma dernière analyse. Les sentiments que j’ai sur cette société contemporaine qui va me voir mourir, je te les offre en cadeau d’adieu. Sache qu’il existe, au-delà de cette offrande macabre, une possibilité de réagir, de refaire surface et plus simplement de retrouver le bonheur que les hommes ont mis entre parenthèses. La solution se trouve où nous ne l’attendons pas, où nous ne pensons pas la voir apparaître : au bout d’une main tendue ou d’un sourire, d’un geste ou d’un mot de réconfort, d’un réveil spirituel ou d’un cri, d’une chanson qui raconte une tranche de vie.

 

 

D’être au seuil de ma mort ne donne pas une assise à ma vérité. Je n’ai aucune prétention. Mais je crois être bon et conscient. Les priorités ne sont pas celles auxquelles ils pensent. J’affirme que les humains se perdent dans une brumeuse mondialisation ; que leurs rêves sont voilés d’un crémeux brouillard opaque, épais ; que l’information, qui dirige les esprits, développe trop d’armées de faux sentiments ; qu’ils gâchent par leurs ignorances et leurs courbettes, l’essentiel bien dont ils ont besoin pour subsister. La Liberté avec une majuscule. Un tout petit brin de liberté pour le bonheur à la clef. Plus une dictature mais un monde où l’égalité reprendrait ses droits. Pas une utopie. Un monde qui vit, qui respire, qui s’oxygène, qui fait relâche. Avec des peuples qui mangent, qui se soûlent d’air respirable, qui cessent de se regarder le nombril, quidénoncent et condamnent violences et injustices, qui se prennent en mains, qui réagissent.

 

 

Un univers et une terre où il ferait bon vivre, sans peur des pollutions ou des guerres idiotes, sans la frayeur imposée par les armes biologiques ou les mutations génétiques, sans ces plaintes montant des peuples riches qui pleurent sur ce qu’ils n’ont pas, plutôt que de comprendre la chance qu’ils ont. Je veux le partage, bon sang, et la libre pensée. Oui, au moins que l’on puisse penser sans entendre toujours les directives du totalitarisme parfait. Le pouvoir, les pouvoirs. Le pouvoir des pouvoirs. La pensée unique prédomine. Les biens pensants en général et les autres « littéromânes », dont je ne comprends plus les mots, doivent se taire un instant et cesser d’apporter la confusion au coeur même de leur propre absurde mégalomanie : à mettre au feu tout ça, entre guillemets pour un temps.

 

Refaisons notre dictionnaire avec humanité, vite, car au loin j’entends la jeunesse qui gronde et la fracture que je lis dans ses yeux n’est que le reflet d’âmes brisées, d’humains ayant envie d’autre chose. Les jeunes crient, non pas d’avoir mal, mais parce qu’ils commencent à comprendre ce que nous leur avons laissé en héritage : une planète à reconstruire, à bout de souffle, un morceau de terre ruinée par notre inconscience et notre soif de domination, une ressource à l’agonie. Je pars et mon constat est affligeant. Je n’ai plus rien à perdre, je n’ai plus à me cacher du regard des hommes. Si je parle, si j’écris, si je dis, alors je meurs libre. Je ne quitterai pas cette étoile avant d’avoir réglé ma dette. Je peux me lâcher sans redouter les insultes, je peux écrire sans que ma plume ne soit dirigée par un autre. L’esprit critique doit retrouver sa conviction et son essence au coeur même d’une réjouissance que je nomme liberté.  Quarante-cinq ans, c’est peu mais déjà pas mal finalement. Il y a c’est vrai, encore, les enfants des pays pauvres, condamnés dès la sortie du ventre, la faim aux tripes ; l’Afrique et son sida, triste agonie d’un peuple ; la Colombie et son effroyable coke ; l’Amazonie et ses forêts décadentes ; les ressources halieutiques au bord de l’épuisement ; et tout le reste. Oui, on le sait, on passe, on oublie. Il est toujours plus simple de se mettre à penser comme ceux que l’on haïssait hier. J’aime les complications et poursuis ma route à contresens. Contre courant, je vais balancer une flopée de mots qui vont déchirer le voile et traiter de l’insolite situation dont personne ne veut parler.

 

Ce que le monde m’a montré, je le garde. Ce que mes semblables m’ont donné d’eux, je le garde. Je pèse, j’analyse, je trie et je me barre. Après c’est simple, vous n’entendrez plus parler de moi et de cette espèce de vague à l’âme que je laisse traîner derrière mon passage.  Je crache mes mots comme un cracheur de feu se mettrait à flamber des injures. Celui qui ne pense pas comme les autres est en panne d’opportunités, il est en marge des êtres, il dérive sans que son corps ne puisse suivre, c’est un hors terre. Tant pis, je prends le radeau de la dérive, de la dérision et je pagaie sur un océan de maux qui me porte vers l’absolu départ. Ce chemin qui me mène vers ailleurs fait quelques pages, quelques mots d’amour, quelques révoltes intérieures de plus, quelques dérisions.  Tout cela forme des lignes comme ils s’en dessinent sur le sable lorsque la mer se retire à marée basse. Une infinité de phrases insolentes que tu feuillettes et qui s’effacent. Je n’attendrai pas que la marée remonte, il fait déjà nuit dans mon âme. Je patienterai seulement jusqu’au retour de Camille, l’unique espoir qu’il me reste, si j’en ai la force. En l’attendant, j’écris.

 

Extraits ” En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule “. Interdit à la reproduction. ISBN 2-9518256-1-7. Ouvrage de Batistes (pseudo de Yann Chollet) aux éditions du Vent 2006.

oct 21 2008

L’Asie en question ! Tsunami (archive janvier 2005)

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Vague de générosité humaine

 

Ne tentons pas de narguer la solidarité ambiante envers l’Asie. Même si l’on peut s’interroger sur ce phénomène d’union fraternelle, éphémère, qui est passé dans nos têtes ? On ne pourra pas reprocher aux êtres humains d’avoir participé à la reconstruction d’un pays ravagé. Ce que nos grands éditorialistes ont rédigé ces derniers temps est là pour encenser cet élan, égal au moins, à la démesure de la catastrophe. Ici « Humanisme le retour », là « Solidarité sans précédent », ailleurs « Vague de générosité humaine » et encore on pourrait presque penser que les hommes sont devenus enfin hommes. Humain avec un cerveau qui pense, qui se réveille, qui décide. Et se décider d’aider son prochain, pour l’humain d’hier, ce n’était pas simple ; notamment pour secourir son « lointain » prochain. C’est un pas pour l’humanité clameront certains. En tout cas, c’est un magnifique exemple à expliquer à nos enfants, rapidement, tant que c’est chaud. Peut-être, eux, comprendront-ils que, c’est dans ces actes répétés, que se joue l’avenir dont celui de la planète.

 

Editorialistes en action

 

Par ailleurs, le sujet était également libre, pour une fois, et nos éditorialistes en ont profité pour s’exprimer enfin avec leurs tripes, toutes leurs tripes. De cela découle quelques belles phrases retrouvées dans les mots, par exemple, de François Régis Hutin (Ouest-France) : « Il nous est donc urgent de penser, ensemble, aux objectifs que nous devrons poursuivre, aux défis que nous ne pourrons relever que tous ensemble si nous voulons servir au mieux le bien commun de l’humanité d’aujourd’hui et de l’humanité de demain ». Oui, il y a urgence, parce qu’ailleurs, à chaque minute, des enfants tombent pour trop de raisons futiles. Oui, il y a urgence, parce que l’Afrique crève du SIDA. Oui, il y a urgence, parce qu’il y a des gros trous dans la couche d’ozone. Oui, il y a urgence, parce qu’il n’y a pas que les dons qui comptent, mais le sourire, la main tendue, à chacun de nos coins de rues. D’où vient cette situation d’urgence qui semble mondiale, si ce n’est de l’endormissement des humains qui peuvent pourtant, et ils le prouvent ces derniers jours, être présents pour autrui. Et lorsque « Autrui » compte, c’est un peu « je pense donc j’aide autrui donc je …. » Descartes serait content.

 

Homme machine Homme utile

 

Le tout, c’est de ne pas s’endormir et d’être à la hauteur. Pas forcément à chaque instant, nià chaque catastrophe, mais de manière régulière. A la hauteur signifiant simplement, se comprendre en tant qu’ « homme utile » et non pas en tant qu’« homme machine ». Vous saurez sans doute la différence si je vous dis, que « l’homme machine » est ce lui qui n’a ni le temps de penser, ni la force de le faire ; est celui qui se regarde dans la glace sans se reconnaître vraiment ; est celui qui passe le clair de son temps devant la télévision, celui qui se vautre devant Drucker le dimanche. Bien oui, quand on regarde Drucker, il n’y a pas besoin de penser, il pense pour vous. « L’homme utile » ou « homme intelligent » (au sens capable de penser), lui, prendra du recul, réfléchira avant d’agir, tentera de faire un bon choix. C’est pourquoi, il faut réaliser dans cet acte de solidarité pour l’Asie, que nous avons tous en nous, cet « homme utile » qui ne demande qu’à exister, ne serait-ce qu’à travers ses actes.  Enfin si ses actions vont dans le sens positif pour l’humanité entière, pour l’Asie dans cet exemple, on peut effectivement garder un peu d’optimisme.

 

Le meilleur comme le pire

 

En ce début 2005, on sait que les hommes sont capables du meilleur. On sait aussi, nous ne sommes pas dupes, qu’ils sont capables du pire. Les exemples ne manquentpas. Tentons alors de faire pencher la balance du bon côté. Nous aurons ainsi l’espoir de recoller les morceaux de ce paradis terrestre qu’est encore notre belle planète bleue.

 

« Dans nos cœurs, il y a le battement de celui d’une famille décimée sous la vague. Dans nos yeux, il y a la vision d’un enfant triste, seul, tombé comme l’oiseau du nid. Dans notre âme se trimballe une de ces misères qui vient d’ailleurs. Les murs, s’ils sont effondrés c’est foutu. La terre, elle a tremblé, ça fait mal. La mer, elle a craché, trop fort.  Elle se balade au grès de nos espoirs et de nos doutes, cette misère qui vient de là-bas. Elle frôle les mondes et se fracasse au hasard. Cette fois lointaine parfois si proche. La misère est là, il suffit de la voir. Elle est loin, nous pouvons l’entendre. Ah, si la misère n’était plus qu’un vieux souvenir ! »

 

Batistes

oct 21 2008

La Balade d’un provincial à Paris (archive 2005)

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Photo Crs manifestation paris : trop top

En visite à Paris pour signer « le contrat de ma vie », qui me classait définitivement dans le clan des bouches cousues, des illustres écrivains qui cèdent leurs droits d’auteur pour bouffer, je profitais de l’occasion pour faire un petit tour au cœur de la capitale. Ah Paname ! La grande et belle ville architecturale avec sa pollution à outrance et son flot de regards vides. Ah Paris ! Ses vitrines démesurées à l’image de l’endettement des Français. Ah Capitale ! Comme tu inspires tant de contradictions à la fois ! Tu restes, sans aucun doute, une source incommensurable pour mon esprit décousu en quête de ressentiments humains. Tu sais rendre triste ceux qui ouvrent les yeux et qui marchent dans tes rues dans l’espoir de ne pas s’y perdre. Tu peux également rendre heureux par la beauté que tu reflètes à chaque coin de tes artères ; par l’immensité de ta tolérance envers les peuples venus d’ailleurs. Il te suffirait  d’un peu d’humanité enivrante, pour ressembler à une place idéale. Mais voilà, il te manque encore l’essentiel. Pas à toi bien sur, mais à ceux qui foulent tes pavés.

 

Photo Crs manifestation paris : dérive

 

D’abord, j’ai attrapé un métro pour me plonger au cœur du système. Le métro amuse toujours le provincial. L’odeur y était coutumière, à l’identique de ma dernière visite, lorsque j’avais suffoqué par manque d’oxygène. Ici, le regard de ceux qui ne te regardent jamais, sauf en cachette, est vide de tout. C’est peut-être pour éviter d’accrocher un reproche ou une brimade, une main tendue…Je ne sais pas, mais l’impression d’être de trop s’impose à l’esprit. Dans le métro, les gens ne savent plus sourire, les rencontres sont improbables et le temps manque de toute façon. Un sourire pourtant, un regard, ça coûte quoi ? Alors comme les autres, ici, on met les voiles, on passe son chemin sans rien attendre. Le jour, c’est cela le métro. La nuit, c’est une surprise qui déchire l’imagination. Des centaines d’êtres à la dérive dorment sous les lumières synthétiques. Ce n’est pas de la pitié qui vient à l’esprit, mais l’injustice et l’envie de ne plus croire au mot démocratie. La misère se trimballe par ici et là. Les autres, ils accélèrent le pas, la nuit ne rassure pas. Bêtement, j’allume la cigarette d’un pauvre type au visage déchiré, je discute quelques instants. A chaque minute qui passe, une ride de plus sur sa peau meurtrie. En venant là, à la rencontre de la misère, j’ai l’impression de venir d’ailleurs, d’un monde à part où la déchirure est inexistante. N’est-ce pas « le pire » d’être à la rue, ainsi, une bête, n’être même plus un coût pour la société ? ” Cela doit-il être, cela est ! “

 

Les CRS attaquent

 

photos exclusives CRS par Yann Chollet : journaliste pigiste disponible pour missions

 

Les questions qui fourmillent dans ma tête avant de m’endormir, m’empêchent de sourire et d’être heureux. Alors, suis-je ridicule et dois-je me contenter de fermer les yeux, moi aussi, de me transformer en parisien, pour mieux profiter de demain. Je crois que je suis au bord de la mélancolie. Demain se lève et Paris grouille déjà de gens. La place d’Italie présente bien, cosmopolite, majestueuse. Je reprends le métro mais ne me résous pas à baisser la tête, l’envie de croiser un regard est trop forte. J’entends trois jeunes noirs, environ la quinzaine, discuter à mescôtés. J’écoute, je souris, ils me questionnent, nous discutons, c’est riche et drôle…Les autres gens me dévisagent !  Qu’ais-je fait ? Je m’en fiche. Je sors admirer la place Denfert Rochereau. Je bulle, je profite du moment. J’aperçois des dizaines de camions de CRS, je fais le tour de la place, ils sont des milliers à attendre quelque chose. Mon âme de journaliste reprend le dessus. Je devais repartir à 14 heures vers Saint-Malo, tant pis, j’attends finalement que ça bouge. Au moins une cinquantaine de policiers en civil tourne alentour, les RG sont là, la B.A.C aussi. Enfin, vers 14h30, les lycéens arrivent par centaines. Ils sont rapidement 2.000 à se regrouper. Le cortège commence sa marche, quelques cris incohérents parviennent à mes oreilles. La revendication n’est pas claire

 

 

 

Ce mercredi 13 avril, La mobilisation policière est totalement démesurée par rapport à l’ampleur minime de la manifestation. Toutes les artères où passe le cortège sont bloquées par des CRS. Cependant, erreur grossière, une rue est ouverte et une centaine de jeunes s’y engouffre en courant. La course est ouverte mais un peloton arrive à rattraper les insouciants. Ça tape à la matraque, ça gaz sérieux et c’est là que naît ma première photo (voir ci-contre). Preuve que les CRS frappent pour peu, ce jeune n’avait rien fait, j’en suis témoin, carte de presse en poche. Les autres se font remettre en place, la bataille est inégale. Tout rentre dans l’ordre, les jeunes sont de bons moutons, la police bergère. Avec 3.500 manifestants, la manif prend de l’ampleur à l’arrivée « place de la Bastille ». Voulant s’engouffrer dans une venelle, les jeunes sont refoulés par un peloton de Gendarmerie, cette fois, plus dur et moins patient. Les tirs de Gaz volent dans l’espace (voir photo) et maintenant les passants comme les lycéens, comme les gendarmes et moi, nous sommes en larmes. Et oui, avant de tirer messieurs, il serait bon d’observer le sens du vent. Logique non ! Les policiers en civil font le ménage en écartant, avec ardeur, les plus récalcitrants. Avec une violence parfois qui laisse perplexe

 

Vers 19h, l’affaire est réglée. Les lycéens ne se sont pas fait entendre, les policiers ont démontré leur force. La démesure du déploiement coûtera quelques milliers d’euros au peuple perplexe. Mince, j’ai 5 heures de retard. La nuit va tomber sur Paris et le provincial repart avec ses rêves, ses regrets, son amertume, une bribe de dégoût en guise de réconfort. Il n’y aura pas de révolution ce soir, il n’y aura de résolution à la misère, les parisiens continueront de se parler à eux-mêmes. La vie attend ailleurs. Le temps passe et l’humanité stagne.

 

Batistes