
Photo Crs manifestation paris : trop top
En visite à Paris pour signer « le contrat de ma vie », qui me classait définitivement dans le clan des bouches cousues, des illustres écrivains qui cèdent leurs droits d’auteur pour bouffer, je profitais de l’occasion pour faire un petit tour au cœur de la capitale. Ah Paname ! La grande et belle ville architecturale avec sa pollution à outrance et son flot de regards vides. Ah Paris ! Ses vitrines démesurées à l’image de l’endettement des Français. Ah Capitale ! Comme tu inspires tant de contradictions à la fois ! Tu restes, sans aucun doute, une source incommensurable pour mon esprit décousu en quête de ressentiments humains. Tu sais rendre triste ceux qui ouvrent les yeux et qui marchent dans tes rues dans l’espoir de ne pas s’y perdre. Tu peux également rendre heureux par la beauté que tu reflètes à chaque coin de tes artères ; par l’immensité de ta tolérance envers les peuples venus d’ailleurs. Il te suffirait d’un peu d’humanité enivrante, pour ressembler à une place idéale. Mais voilà, il te manque encore l’essentiel. Pas à toi bien sur, mais à ceux qui foulent tes pavés.

Photo Crs manifestation paris : dérive
D’abord, j’ai attrapé un métro pour me plonger au cœur du système. Le métro amuse toujours le provincial. L’odeur y était coutumière, à l’identique de ma dernière visite, lorsque j’avais suffoqué par manque d’oxygène. Ici, le regard de ceux qui ne te regardent jamais, sauf en cachette, est vide de tout. C’est peut-être pour éviter d’accrocher un reproche ou une brimade, une main tendue…Je ne sais pas, mais l’impression d’être de trop s’impose à l’esprit. Dans le métro, les gens ne savent plus sourire, les rencontres sont improbables et le temps manque de toute façon. Un sourire pourtant, un regard, ça coûte quoi ? Alors comme les autres, ici, on met les voiles, on passe son chemin sans rien attendre. Le jour, c’est cela le métro. La nuit, c’est une surprise qui déchire l’imagination. Des centaines d’êtres à la dérive dorment sous les lumières synthétiques. Ce n’est pas de la pitié qui vient à l’esprit, mais l’injustice et l’envie de ne plus croire au mot démocratie. La misère se trimballe par ici et là. Les autres, ils accélèrent le pas, la nuit ne rassure pas. Bêtement, j’allume la cigarette d’un pauvre type au visage déchiré, je discute quelques instants. A chaque minute qui passe, une ride de plus sur sa peau meurtrie. En venant là, à la rencontre de la misère, j’ai l’impression de venir d’ailleurs, d’un monde à part où la déchirure est inexistante. N’est-ce pas « le pire » d’être à la rue, ainsi, une bête, n’être même plus un coût pour la société ? ” Cela doit-il être, cela est ! “

Les CRS attaquent

photos exclusives CRS par Yann Chollet : journaliste pigiste disponible pour missions
Les questions qui fourmillent dans ma tête avant de m’endormir, m’empêchent de sourire et d’être heureux. Alors, suis-je ridicule et dois-je me contenter de fermer les yeux, moi aussi, de me transformer en parisien, pour mieux profiter de demain. Je crois que je suis au bord de la mélancolie. Demain se lève et Paris grouille déjà de gens. La place d’Italie présente bien, cosmopolite, majestueuse. Je reprends le métro mais ne me résous pas à baisser la tête, l’envie de croiser un regard est trop forte. J’entends trois jeunes noirs, environ la quinzaine, discuter à mescôtés. J’écoute, je souris, ils me questionnent, nous discutons, c’est riche et drôle…Les autres gens me dévisagent ! Qu’ais-je fait ? Je m’en fiche. Je sors admirer la place Denfert Rochereau. Je bulle, je profite du moment. J’aperçois des dizaines de camions de CRS, je fais le tour de la place, ils sont des milliers à attendre quelque chose. Mon âme de journaliste reprend le dessus. Je devais repartir à 14 heures vers Saint-Malo, tant pis, j’attends finalement que ça bouge. Au moins une cinquantaine de policiers en civil tourne alentour, les RG sont là, la B.A.C aussi. Enfin, vers 14h30, les lycéens arrivent par centaines. Ils sont rapidement 2.000 à se regrouper. Le cortège commence sa marche, quelques cris incohérents parviennent à mes oreilles. La revendication n’est pas claire

Ce mercredi 13 avril, La mobilisation policière est totalement démesurée par rapport à l’ampleur minime de la manifestation. Toutes les artères où passe le cortège sont bloquées par des CRS. Cependant, erreur grossière, une rue est ouverte et une centaine de jeunes s’y engouffre en courant. La course est ouverte mais un peloton arrive à rattraper les insouciants. Ça tape à la matraque, ça gaz sérieux et c’est là que naît ma première photo (voir ci-contre). Preuve que les CRS frappent pour peu, ce jeune n’avait rien fait, j’en suis témoin, carte de presse en poche. Les autres se font remettre en place, la bataille est inégale. Tout rentre dans l’ordre, les jeunes sont de bons moutons, la police bergère. Avec 3.500 manifestants, la manif prend de l’ampleur à l’arrivée « place de la Bastille ». Voulant s’engouffrer dans une venelle, les jeunes sont refoulés par un peloton de Gendarmerie, cette fois, plus dur et moins patient. Les tirs de Gaz volent dans l’espace (voir photo) et maintenant les passants comme les lycéens, comme les gendarmes et moi, nous sommes en larmes. Et oui, avant de tirer messieurs, il serait bon d’observer le sens du vent. Logique non ! Les policiers en civil font le ménage en écartant, avec ardeur, les plus récalcitrants. Avec une violence parfois qui laisse perplexe
Vers 19h, l’affaire est réglée. Les lycéens ne se sont pas fait entendre, les policiers ont démontré leur force. La démesure du déploiement coûtera quelques milliers d’euros au peuple perplexe. Mince, j’ai 5 heures de retard. La nuit va tomber sur Paris et le provincial repart avec ses rêves, ses regrets, son amertume, une bribe de dégoût en guise de réconfort. Il n’y aura pas de révolution ce soir, il n’y aura de résolution à la misère, les parisiens continueront de se parler à eux-mêmes. La vie attend ailleurs. Le temps passe et l’humanité stagne.
Batistes