oct 29 2008

Extrait de “En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule”

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Extrait du livre de Batistes aux Editions du Vent : ” En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule “. Le roman toujours disponible, uniquement sur commande. Ici page 239 à 246.

 

 

Moutons

 

Le jour se lève, ça me va. Je peux parler des moutons. J’en fus un. Un peu, parfois, trop souvent. Quel humain n’a pas été dans le troupeau ? Je n’en connais pas. Le monde est un grand pâturage dont les pays forment des grands champs, avec au milieu ces bêtes que nous sommes. Des bêtes de somme. Le système est fait de telle sorte que nous ressentons un air de liberté qui n’en est pas un ; l’illusion d’un bien être qui ne l’est pas. Nous marchons dans un même sens, avec une pensée commune. Un seul objectif. Notre bonheur. Pas celui du voisin surtout, le nôtre. Un bonheur indissociable de l’argent qui dirige tout, qui permet l’indépendance apparente, celle qu’on déguise, avant de nous la pointer sous le nez. Cette liberté n’a que l’air et le nom. Nous dépendons d‘un environnement dont nous avons perdu le contrôle. On parlait d’un cadre de référence, propre à chacun mais il s’uniformise peu à peu sur un modèle impersonnel. Le pouvoir d’agir sans contrainte n’existe pas. Il y a toujours un frein à ton ardeur, à tes envies existentielles, à ton bonheur. Pour nier l’évidence, tu finis bien par te contenter du médiocre, hein, l’humain ?

 

Arc en ciel de Yann Chollet

Arc en ciel de Yann Chollet

 

Lorsqu’il n’y a rien, tu trouves toujours un bout de quelque chose pour t’accrocher : un sentiment, une petite joie, un quignon de pain, un sou, un paysage, une création. Une grande surface, une maison avec des volets aux couleurs de la ville. Ils se satisfont de peu, les moutons. On en est même arrivé à parler de démocratie libérale. Comme si le simple mot démocratie ne suffisait plus à ce trompe l’œil ! Le miroir des reflets fonctionne. Il te pousse à penser que ta condition, aussi médiocre soit-elle, est vivable. Ah ! La belle démocratie morose. Mais derrière, la ruée vers la consommation qui s’impose, les vacances dans des parcs à bestiaux, les belles promesses ne sont que lot de consolation, la monnaie d’une pièce. La vraie tranche de bonheur, elle se fait la belle. Tu la vois passer sans pouvoir la saisir. De loin. Sans la toucher, tu l’espères, elle s’absente.

 

Tôt matin sur la ville : yann chollet 2008

Tôt matin sur la ville : yann chollet 2008

 

Alors tu regardes autour toi, cherchant des points de référence, un ancrage où amarrer tes envies, en cas de doute, en te comparant avec ceux que tu croises pour savoir s’ils vont mieux. Les autres, les lobotomisés de la casquette, ceux qui courent après le temps, on leur a dit que l’histoire pressait, que le temps c’était du cash.

- « Il y a toujours pire que soit ».

Du coup, être mieux, c’est avoir du paraître en plus. La comparaison nous renferme, elle nous tient, fait émerger la différence et la jalousie. Est-ce cela l’égalité ? La liberté ? la démocratie ? La liberté de dire un beau “merde” placé justement, au bon moment, face à l’imbécile ou à des pensées sordides ; la liberté de partir sans penser à demain, l’esprit léger, insouciant du regard des autres. Nous passons notre temps à juger les autres et à nous abreuver de leur jugement. A regretter d’agir comme on le pense au mieux. Cette mécanique permet de se rassurer, alors qu’en regardant au-delà de son nombril, en réfléchissant, on voit bien qu’il n’y pas l’assurance promise. Des moins libres ou plus libres. Nous sommes tous dans un même bain d’obligations toujours plus pesantes, dans le même sac. Pourris. Notre vie est planifiée. On croyait pourtant que le système de l’union soviétique était éradiqué. La planification. Par des méthodes détournées, on nous plonge dans une spirale similaire. Plus sournoise, moins visible, voilée. C’est cela notre liberté.

 

Tu te lèves, tu déjeunes, tu pars travailler. Tu manges, tu travailles, tu regardes la télévision. Et s’il te reste un temps, tu t’occupes de tes enfants, parles avec ta femme. Et s’il te reste du temps ! Tu dépenses ton fric, si t’en as ; si t’en as pas, tu te complais à regarder la mer, à partir au jardin, à la campagne, à te nourrir du temps qui passe et annonce la déprime ; tu promènes le chien, ta chienne et tes gosses. Tu ne réalises pas grand chose en te pavanant dans ton fauteuil, immobile, dans l’attente d’un miracle à la télé. Ils n’ont plus cours.

 

photo yann chollet 2008 : contact batistes@aol.com

photo yann chollet 2008 : contact batistes@aol.com

 

Va donc voir les aquariums et ses poissons heureux : des animaux libres. Va regarder leurs tronches devant leurs écrans, pour savoir s’ils sont libres. Va tenter ta chance sur une île déserte, pour voir s’ils te manqueront, avec leurs monnaies, leurs haines, leurs colères et leurs mépris. Les serfs que nous sommes sont contraints aux devoirs, à rendre compte de tout. Regarde ta carte bancaire, elle est symbole de liberté, te dit-on ? Les moutons le savent bien, on leur a dit. Mais non ! Idiots. Elle contrôle tes pulsions d’achats, elle permet l’analyse de ta personnalité et de tes envies, tes besoins. Et puis, cette liberté entre parenthèses, elle dépend de tes bons dépôts en banque, en espérant que ton abruti de banquier ne se soit pas sucré sur ton dos, avec les 6 ou 7% d’intérêts qu’il t’a accordés sur ton crédit et qui rongent tes fins de mois ; ce salaire que ton patron indulgent a bien voulu t’allouer contre un service. Entre les deux, l’état s’est servi copieusement. Tu reçois le reste, c’est déjà pas mal. Lorsque que tu crois en avoir plus, on s’arrange pour te le prendre ou te le faire dépenser. Une publicité bien conçue, un livret avec des pourcentages attrayants, un voyage ficelé, une taxe, une brillante voiture, des cigarettes, une action Vivendi qui va monter. On te le promet. L’Euro. Mais rien. Pire. Les fins de mois passent et se ressemblent. Elles déchirent le cœur parfois.

 

En achetant un maximum de biens de consommation, on a l’impression d’acheter sa liberté. N’est-ce pas ? On se complaît dans ce matérialisme qui nous oblige à croire, que plus on a, plus on est. Ce n’est plus le

- « je pense donc je suis ». Mais plutôt

- « je possède donc je suis ».

C’est navrant d’exister parce qu’on a. On n’a rien. C’est du vide ce que nous brassons. Nos impressions sont faussées et quand on se soulève, qu’on parle trop fort, en quête de liberté, on voit bien que ça dérange, qu’il y a toujours un regard, une voix à s’élever pour faire taire. Qui ne s’est pas fait regarder de travers pour une barbe mal taillée, pour un délit de sale gueule, pour un habit froissé ou un aspect maladif ; pour une tronche mal lavée ou une main en moins ; pour un cri d’espoir lancé vers la mer ou une attitude différente. Cette différence déplaît. Elle fait naître les injures, les sanctions et les mots blessants.

 

Alors certes la liberté est une utopie. Qui ne pourrait dépendre de personne, ne pas être soumis ? L’artiste ? Tourne ça dans ta tête et tais-toi. Va ta route et tais-toi. Suis le troupeau et dégage de mon chemin. Je n’en peux plus de savoir que les hommes libres sont ceinturés. Ça me chauffe la tête de n’être et n’avoir été qu’un pion. L’écriture peut-être m’apporta un vent de liberté mais si infime par rapport à celui auquel nous avons le droit, le besoin pour éclaircir nos jours et nos nuits d’un soleil resplendissant nommé satisfaction.

 

En mettant la liberté dans un moule, on lui a ôté sa raison d’être, son sens. J’ai soif d’être libre de mourir sans artifice. Dans quelques jours, je décrocherai les fils car je suis à bout. Je veux décider de ma mort, que ces gouttes qui coulent dans mes veines s’arrêtent pour de bon ! Tirer un pied de nez à la vie en prenant le choix, en récupérant ma liberté de mourir, le sourire aux lèvres. Je suis au pied du mur mais libre. Quant à ceux qui restent, ils s’étonneront après d’être pessimistes et malheureux, inquiets et mécontents, pauvres et humiliés. A qui la faute ? Aux pouvoirs, aux dictatures, aux insoumis ? Ou pourquoi pas tout simplement à eux-mêmes, les moutons. Ceux qui ne servent pas à décrypter le monde et ne font jamais rien.

 

En coulisse : yann chollet

En coulisse : yann chollet

 

La centralisation des directives dans les hautes sphères nous a conduit à devenir des servants. Eloignés des décisions, nous ne les maîtrisons plus. Cela étant valable dans les métropoles comme dans les moindres petites communes. Ces petites villes, comme il en reste beaucoup, où les habitants ont tissé des unions, une fidélité basée sur le bien réciproque et l’harmonisation des convictions. On ne pense plus mais l’on fait basculer sa tête du bas vers le haut, pour accorder des réponses toutes faites par de petits responsables, des intermédiaires à qui l’on s’en remet et qui, n’ayant pas personnellement plus de liberté que leurs concitoyens, tentent d’en acquérir en faisant de leur pouvoir, une micro dictature à peine perceptible.

 

Celui qui va contre cela, se sentant à juste titre concerné, est évincé par des rires cyniques et sarcastiques, écumé par des rumeurs. La rumeur fait rage dans les campagnes. Les sons de cloches font plus de mal qu’une vérité. Le contrevenant serait réduit à néant par les défenseurs du soi-disant « bien commun » ; un front d’humains se monterait contre lui s’il venait à penser autrement ; une horde aux ordres d’un maire, d’un préfet, d’un député, d’un président de la république, d’un président du monde, d’un dieu se lèverait contre le rebelle. Ni dieu, ni maître, ni Bush, ni diable. Liberté.

 

Alors ma bonne bête, broute. Tu es le mouton parfait, l’être satisfait. C’est le début de l’endoctrinement et tu t’étonnes de ne pas comprendre les fanatiques. Tu comprends quoi ? L’amour, non ! La paix, non ! Le bonheur, non ! Le cul ! Tu ne vois pas qu’on te pousse à répondre oui à toutes ces interrogations qui embarrassent ton esprit. L’arrangement tacite fait l’affaire. Tu restes dans ton coin, tu ne bouges pas et t’acceptes tout. Tu pleurniches, tu déprimes et tu t’en fous. Tu chiales, tu critiques et tu t’écrases au bout. Tu te caches, tu te terres et tu me fais honte. C’est tout le paradoxe. J’aime les hommes mais ils me font honte. Pas tous heureusement. Je m’en remets à ceux-là et à ce monde qui s’incline.

 

Les bruits, les vrombissements, les signes sont pourtant là. Saurez-vous les décrypter ? Ou serez-vous, une fois de plus, encore incultes ? Les enfants auront-ils comme seul patrimoine, une terre glauque en manque d’oxygène, en panne d’amour, emplie de mal de vivre. Ils n’y sont pour rien, eux. Ils ne demandaient qu’à grandir et connaître les prairies vertes, entendre les mots tendres et subir le bonheur. Rien que du bonheur en guise d’apprentissage. Les yeux des bambins sont tournés vers leurs pères, des adultes qui savent plus casser que construire. Parfois inconsciemment d’ailleurs ou impuissants. Mais les petits observent, analysent nos moindres gestes et il se pourrait qu’ils les reproduisent. Ne comptez par sur eux pour changer le monde et payer vos dettes. S’ils peuvent beaucoup, c’est avec vous et votre soutien ? Comment pourraient-ils changer ce monde malade, si les adultes ne sont pas capables de montrer l’exemple ? La solidarité est en berne.

 

On voit qu’ils sont un peu perdus, les enfants de demain. Ils se cherchent un idéal et, plus grands, le trouvent dans des paradis artificiels. On s’étonne alors de les voir délirer dans des soirées folles, qui ne sont finalement que le reflet de la société d’incertitude à laquelle ils tentent de s’adapter. Le seul avenir montré, c’est celui de la compétition, de la loi du fort, d’un drôle d’univers qui déraille, de l’incohérence et des différences, de la justice à deux vitesses. Faites du bonheur avec ça, vous. Expliquez leur pourquoi Papon, Messier, les hommes d’Elf ou du Crédit Lyonnais ou un tas d’autres, se baladent encore dans nos rues. Les images qui défilent devant leurs yeux sont sans cesse plus frappantes, plus dures, plus abjectes, irréelles. On les assaille de mille conneries et on voudrait qu’ils s’en sortent ?

 

A force de nous regarder vivre, les enfants sont-ils condamnés à être ce que nous sommes ? Ce que personne ne pense être et que nous sommes tous. Des moutons !…

 

Batistes

oct 26 2008

Vision du bonheur (archive)

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Contact photographe pigiste en Bretagne : yann chollet

- Extrait « En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule » Ed du Vent. Batistes 2006. 

- (Commandez ce roman de 280 pages à  : Ed du Vent, 13 rue des Venelles, 22130 Plancoët) Envoi à réception du chèque de 21€.

 

Page 255 à 262 

 

” Bonheur ”

 

« Réveil fracassant, mal de tête, douleurs physiques, morales. Brouillard, brumes. Ce matin se lève et je chavire. Gorge sèche, oeil éteint, respiration lente, je dérive. Mes yeux s’ouvrent, se referment. Ma bouche émet les sons que ce dictaphone enregistre. Si je ne l’avais pas allumé, qui l’aurait fait. Allons-nous enfin connaître les dernières pensées du mort, sa vision finale sur ses contemporains ? Les derniers mots du condamné ? Que pense-t-il le damné qui dérive ? Il ne pense plus beaucoup mais dégueule ses paroles instinctivement. Je ne sais si je pourrais me lever jusqu’au pot, la force me quitte. Vais-je me vomir dessus ou baigner dans mon urine. Est-ce mon ultime recours !  J’ai repris l’apparence d’une bête malade qui se renferme sur son mal. Cette dégradation m’effraie.  - « C’est la nature, ne t’inquiètes pas » semble raisonner dans ma tête.

 

L’effort est vain, la carapace est brisée. La mort approche et je voudrais parler du bonheur pour m’en nourrir avant de mourir, pour attiser la curiosité des autres. Une fois encore, pour me dire que tout ne fut pas vain : ni ma jeunesse, ni mes amours, ni ma famille, ni mes filles, ni ma femme et, ni Camille, la seule qui restera. Ni vous, les autres que j’ai croisés. Ce livre, image instantanée de notre époque, n’est qu’un fait divers parmi les autres ; il laisse un instant qui sera détruit par ceux qui le liront et ne pourront s’empêcher de dire que je suis fou, que le monde va bien, que nous sommes heureux, que l’Afrique ne meurt pas du sida sous nos yeux. Il y a une certaine forme de révisionnisme perpétuel dans cet aveuglement quotidien. Ceux là, je les emmerde d’avance.

 

Je veux parler du bonheur qui n’est pas si loin. Je l’ai rencontré, le l’ai vu, tenu dans mes mains. Lorsque je le tenais, je ne le lâchais pas. Il faut le tenir, le serrer le bonheur quand il passe, car après c’est trop tard. Il ne faut pas l’espérer sans cesse mais le saisir, à bras le corps, au présent, sans se soucier des lendemains qui déchantent. On m’a offert du bonheur dans ma vie et j’en ai profité. J’aurais voulu le transmettre un peu plus mais le temps s’évade, le temps me l’a repris.  Je m’en souviens, il en reste en moi. Plus que le saisir, il faut s’en imbiber.  Savoir s’en imprégner afin de mieux le véhiculer. Le transmettre comme une pierre précieuse.

 

Je marche sur la plage, le sable fin me frôle le visage, les embruns salés volettent dans la brise. Au loin,elle est là.  J’ai dix ans mais je vois en regardant la mer, le bonheur qui passe. Le son des vagues me parvient, me pénètre, la mer résonne et je suis bien. C’est cela le bonheur simple.  Il est seize heures, je suis chez ma grand-mère, j’ai quatorze ans. Elle me prend dans ses bras, m’enlace.  Contre ses joues molles, je pose mon visage. Mon coeur bat la chamade, j’ai des frissons. Une chaleur m’envahit et pas un mot, je suis bien. C’est cela le bonheur.

 

Je m’endors chez moi, maman vient m’embrasser ; elle me raconte une dernière histoire presque silencieusement pour me bercer ; passe longuement sa main sur ma joue, dans mes cheveux ; me regarde en souriant, puis me souhaite bonne nuit en tirant les rideaux pour cacher la lune. Je suis apaisé, détendu. Mon père vient à son tour m’embrasser. Son haleine nicotinée ne m’empêchera pas de dormir, je pense déjà aux promenades du dimanche en forêt. C’est cela le bonheur.

 

Elle est belle, elle est douce, elle est jeune. Je viens de rencontrer le premier amour, le vrai. Le véritable amour peut-il exister à seize ans ? Je sors le soir avec elle, nous partons pour de longues balades. Les baisers sont doux, ils enflamment la peau, font frémir l’intérieur. Les mains caressent, les regards pétillent. Les mains caressent, le sexe se réveille. Il bande comme un bois dur. La fente de l’autre s’humidifie. De deux formeront un. C’est chaud, c’est bon. L’amour est langoureux, limpide. Et une fois encore et encore, on en redemande. Mes doigts s’immiscent dans les chairs humides, avec délicatesse et volupté, offrant à volonté gémissement et jouissance.  C’est cela le bonheur.

 

Je suis inconscient, dix huit ans, mes copains viennent me chercher. Nous partons pour des soirées d’ivresse, des soirées à fumer des joints sans compter. L’explosion est totale, les rires remplacent les gueules fades affichées au lycée. C’est du délire, les filles se donnent, s’offrent.  Nous écumons les bars, de rencontres en rencontres, de villes en villes et, la plage est le lit idéal. Nous finissons la course diurne, étalés sur le sable avec une blonde, une brune, une rousse. Chacun dans son coin avec une fille : ils étaient là, cachés sous la tente. Personne ne volait leur intimité. Qui le pouvait ? Leur univers à l’instant du premier baiser, attendu depuis des jours, n’était fait que de dérision et d’insouciance. Sur la sable, en ce moment de pur paradoxe, entre la réalité du baiser et l’immensité de cette confusion, ils s’aimaient sans attente et sans envie matérialiste. Il tenait contre lui cette passagère d’un soir, d’une semaine mais qui comptait déjà tant. Elle se laissait faire, docile, tranquille, en écoutant le flux et reflux du vent dans les rochers. Il était chez lui et il voulait déjà la garder ici. Elle était en vacances et savait qu’elle repartirait. Mais rien de cela et rien au monde ne pouvait les empêcher de croire qu’ils s’aimaient. Oui ils s’aimaient c’est sûr. Ils pensaient bien que cet amour sans lendemain valait la peine d’être consommé, le coeur battait après tout, n’était-ce pas l’essentiel ! Brunes, blondes, rousses. Elles sont plusieurs, elles aiment ça, nous aussi, l’amour fleurissant, les sensations des premières heures, des premières larmes. C’est cela le bonheur.

 

Je rencontre Claudine, nos corps s’embrasent, nos bouches s’embrassent, nos mains se resserrent. Elle est jolie, douce, délirante. Je suis cool, beau, délirant. Je l’emmène voir l’horizon en lui dictant des mots choisis au hasard dans ma tête et qui s’unissent pour former un poème. Séduite, elle se laisse toucher. Nos âmes se soudent, elle halète. Puis, nous regardons encore au loin, cette île qui ressemble dans la nuit à une tortue à fleur de 259 vague. Nous fumons quelques cônes, toujours, nous buvons quelques verres, encore. Les réalités s’estompent.  Nous projetons un avenir à deux. C’est cela l’amour. Le bonheur.

 

Nos amis sont là pour fêter un anniversaire. Les plaisanteries et les histoires animent le temps qui coule. Il n’y a ni méchanceté, ni haine. Les amis sont bien, nous aussi. C’est cela le bonheur ! Un matin, le soleil se lève, le monde respire sous sa chaleur. J’ouvre les volets, les gens passent sous la fenêtre. Je regarde ces gosses qui jouent, je rêve, je pense, je réfléchis ; j’espionne la voisine voilée derrière les carreaux, qui se déshabille lentement sans penser à la joie, que la vision de son corps inaccessible, me procure. C’est cela le bonheur.  Claudine vient m’apporter mon petit déjeuner au lit, elle me sourit, me dit bonjour. C’est cela. Ma fille va sortir du ventre de sa mère. J’entends son premier cri, boit son premier souffle. Je regarde l’infirmière, ma femme. Ma femme, l’enfant, l’infirmière, le doc. C’est beau. Je ressens quelque chose d’unique, de divin. Je la prends, la découvre pour une première fois. Elle semble me sourire, je souris. Je suis abattu, je tiens debout. C’est. Du bonheur.

 

Il y a donc du bonheur bon à prendre partout. Dans les moindres attitudes, sous toutes les latitudes, dans les moindres endroits de la planète pourvu que l’on veuille le recevoir, le voir, l’accepter, le transmettre. L’instant, le présent. Ne pas attendre demain : « Only one life ».

 

Demain je meurs. Ne pas attendre l’absolu bonheur.  Demain je meurs. Non, il ne le faut pas. Ne pas attendre les soirées dans les palaces, les voitures de luxe, les voyages à prix forts, les affaires et les gains. Le bonheur chemine discrètement autour de nous, il ne s’achète pas.  Il est dans un regard, une poignée de main, un sourire, un mot, une phrase, une prose, une chanson, un geste, un coup de téléphone, un livre. Une rue, une ville, un dialogue, un sage qui parle, un chien. Il est là. Il passe et s’attrape. Le bonheur, c’est celui qui peut faire changer les hommes. Les rendre indulgents, raisonnés, raisonnables, compréhensibles.

 

Bien souvent, les yeux sont clos, malheureusement, l’écoute parasitée par des mauvaises ondes et par ces phobies engendrées par les armes bactériologiques dont parlent les radios, dans un flux discontinu. Ces images laissent peu de place pour penser au bonheur. Le doute qu’ils redoutent. L’incertitude. Alors, on pense qu’il n’est que pour les autres ce foutu bonheur ; qu’il n’est pas passé et ne passera jamais. Celui qui le croisera pourvu qu’il le reconnaisse et sache s’en servir, pourra changer la face du monde. Ce sentiment savoureux apaise les humains. Il faut le transmette par delà les monts et vallées pour que vive la terre. Il doit survivre, le bonheur.  A ce jour, il est réduit à néant. Les tarés peuvent frapper à tous moments. Les fanatiques de tous genres vont sortir les vieilles maladies pourries des sacoches poussiéreuses ; peut-être parsemer la terre de graines de terreur ; ruiner le si peu d’espoir qu’il restait. Les croisades chaotiques ont repris. Les fous furieux frapperont à l’aveuglette sans se douter qu’ils ont tort : ils pensent avoir raison, veulent devenir les maîtres du monde au nom d’une religion. Guerre de religion. Guerre de concassage. Tas de chair humaine. Chère humanité, où es-tu ? Je veux des lendemains sans eux. Je veux l’arrestation des pollueurs de bonheur et de mes plages.  Je veux qu’ils portent la croix du mal qu’ils ont généré, afin dans sentir le poids. Les maîtres du monde ont l’argent, dominent l’économie, maîtrisent les âmes et jouent avec nos nerfs.

 

Le bateau des illusions flotte sur un océan de scepticisme. Faudra-t-il reconstruire une arche de Noé ?  Vivre sur un radeau de la Méduse ? Les hommes sont sur un navire voguant vers une destination inconnue. Dans la tempête, espérons qu’ils ne fassent pas naufrage, ils ont déjà chaviré si souvent, laissé tant de morts dans le sillage. Je redoute que les vagues ne les ramènent en poussière d’écume sur les rebords du monde, en un raz de marée difficile à contenir. Il est là, ne le laissons pas s’échapper par notre inertie permanente.  Ne le cassons pas. Ne l’oublions pas. Ravivons et transmettons la flamme d’où jaillit ce bonheur ».

 

batistes@aol.com

oct 21 2008

Fin de journée à Rennes (archive manifestation)

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Photo Bretagne : Au coeur de Manif : Yann Chollet

 

Ville de Rennes

 

Manifestation du samedi 18 mars 2006, fin de journée

 

Les organisateurs et participants souligneront certainement la mobilisation importante, à Rennes, pour la manifestation du samedi 18 mars contre le CPE. Mais…

 

 

…Vers 16 heures, des milliers de manifestants du début, il ne restait qu’une poignée d’irréductibles. C’est entre la Place Foch et la place de Bretagne, que ces derniers, à peine 500 personnes, tenaient le camp. Les banderoles et les slogans étaient rangés et on notait alors peu de messages à l’encontre du premier ministre, ni même d’autres revendications claires. On trouvait d’ailleurs sur la place presque autant de photographes de presse que de badauds en attente de sensations, de clash. Car c’était bien là, la clef de cette dernière partie de journée, le clash : l’affrontement avec les forces de l’ordre. Gendarmes mobiles et CRS avaient jusqu’alors gardé la distance. Vers 16h30, une trentaine, voire une quarantaine de jeunes munis de pierres et de bouts de ferrailles sont alors arrivés sur la place. Visages masqués pour la plupart, mais les poches bien pleines de pierres.

 

 

 

Après plusieurs jets d’objets divers d’un côté, et quelques charges et gaz lacrymogène de l’autre, chacun rentrait dans son camp. Avec ici et là, quelques arrestations réalisées par la B.A.C ou quelques tirs de « Flash-ball » bien placés. On remarquait rapidement, que ceux qui voulaient en découdre avec les forces de l’ordre n’avaient plus le visage des manifestants du début d’après-midi. D’ailleurs, à maintes reprises, les étudiants ont tenté de virer les casseurs en criant : « Les casseurs cassez-vous ». Rien n’y fit. Une sorte de jeu de chats et souris a alors débuté à travers quelques rues adjacentes, devant le regard de passants perplexes. Une charge des CRS ici, une fuite des casseurs là, quelques jets de bouteilles, et ainsi de suite ; jusqu’à ce que les derniers étudiants prennent le large, que les derniers photographes rangent leurs matos, presque heureux d’aller se coucher. Quant aux casseurs peu téméraires, ils finirent eux aussi par plier bagages, voyant que leurs tentatives « de je ne sais quoi » ne menaient à rien, une fois de plus.

 

 

 

Pas de gros incidents donc à déclarer vers 20h. Si ce n’est quelques hématomes à noter sur certains visages. Soulignons tout de même qu’à plusieurs reprises, des journalistes se sont fait bloquer des accès, par les CRS ou Gendarmes mobiles, malgré leurs cartes de presse, c’est bien dommage. Nous aussi nous avons un travail et nous aimerions le faire en toute liberté, même si certaines photos peuvent déranger. La réalité dérange toujours. Pourquoi ?

 

batistes

 

 

 

Photos interdites à la reproduction :

Pour toutes utilisations contacter

Photographs of the demonstrations in France, town of Rennes, March 18, 2006. Photographs to sell media please contact batistes@aol.com

oct 21 2008

En Attendant Camille Le Monde S’Ecroule

Posted by admin in Articles exclusifs

Toujours en quête de lecteurs pour mon second livre, voici en exclusivité pour vous, chers lecteurs de mon blog, l’introduction. Cette dernière résume bien l’ouvrage et le style que vous trouverez à travers ce roman noir de 270 pages, ouvrage critique de notre monde contemporain. A commander d’urgence pour que les auteurs indépendants puissent continuer d’écrire.

Vous pouvez commander ” En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule ” à éditions du Vent, Yann Chollet, 13 rue des Venelles, 22130 Plancoët (Envoi contre chèque de 21€). Tous renseignements par Email à batistes@aol.com

 

Introduction

Seul, dans ce lit qui pue la mort. Je vis mes dernières heures. Rien ne sort. Moi qui voulais tant dire. Octobre 2000. Un nouveau millénaire vient de naître et je vais partir. Je veux trouver les mots qui aideraient le monde à s’en sortir, pour me donner un avant goût de mort intelligente et avoir su marquer la terre par mes pensées, même si elles fusent vers une sorte de chaos inaccessible : direction un paradoxe qui s’interpose entre la réalité des faits, le silence des décideurs et la morosité indécente qui annihile l’esprit humain. Je pars avec elles et nul n’en saura sans doute rien. Si j’avais juste cette impression éphémère, que je vais manquer à quelqu’un.  Il ne reste personne. Je suis pratiquement le dernier des miens à m’éclipser. Je vais où les autres ne m’attendent pas, où je me retrouverai solitaire, où je ne serai rien. Là bas, d’où on ne revient pas. Chaos, néant, trépas. Moi, je voulais rester sur terre. Remarque, c’eut été trop simple si de la fin naissait autre chose : un ailleurs pour une seconde chance, une cité d’or pour un repos éternel, une vie théorique vide de charges à subir, une réincarnation subtile et bienfaisante. Si nous pouvions décider, savoir, tout serait si facile. La mort est une inconnue dont la serrure n’a pas de clef.

 

 

Maintenant, las, je n’ai plus qu’une phrase en tête merde la mort. Madame la grande faucheuse m’espère à bras ouverts et je ne reverrai plus Camille. Son image est pourtant si présente, elle guette dans la pénombre, me hante. Je sens son odeur d’enfant transpirer des murs de cet endroit où elle vécut, jadis, un jour, je ne me rappelle plus. La mort, son souffle me fait divaguer ; elle a sa drôle d’odeur, l’effluve du néant. Un fumet amer, à peine perceptible qui brûle mon envie d’exister, qui déchire mon intérieur, en silence. Je perds l’esprit. Peut-être est-ce la peur en moi ! Si je pouvais être assez fou pour accepter cette déception, ce départ sans retour, ce final mal taillé. Je tremble tant.

 

 

Malheureusement mes neurones fonctionnent. Je redoute peu à peu ce frisson froid. Quand ma chaleur corporelle s’évanouira dans l’atmosphère alors je pleurerai comme un gosse mal aimé. Cet effroi ne subsisterait pas pourtant si j’avais du malheur en moi ; si j’avais vécu comme une épave en mal, contente de tout quitter, heureuse de sombrer dans l’abîme ; si le passé comptait moins que demain, que les heures qu’il me reste à souffrir. Les souvenirs resurgissent de mes cases mémoires que je croyais éteintes. Elles s’allument une dernière fois, le bonheur prédomine. Mon existence en fut emplie. Un vrai bonheur ! Prédomine puis s’estompe.  Je laisse trop en partant si tôt. Si jeune, dirais-je égoïste, sans penser aux morts nés, à ces pauvres gosses oubliées par la vie, si vite. Ces enfants qui sont dans les petits tombeaux au bout de l’allée de la tristesse. Oui, tout au bout du cimetière, là-haut où nous passons en évitant du regard les morceaux de marbres de soixante centimètres de long pour vingt de large. Inconcevable cette allée où se trimballent la morosité et le désespoir d’une mère qui a perdu son enfant, son tout. La vision est trop douloureuse, les chemins trop sombres, les tombes trop minuscules et, ces feuilles qui s’éparpillent, à la moindre brise glacée venue d’ouest, les recouvrent comme si elles n’existaient pas. Ces bébés n’ont pas eu le temps d’exister d’ailleurs. A peine nés qu’ils étaient déjà morts, laissant néanmoins tant de sentiments inavoués dans le coeur de ces jeunes parents qui auraient tout donné pour une heure de plus, pour un ou deux jours d’existence en gage de souvenir comme une infime récompense à ces neuf mois d’attente. A quoi bon ! Ils sont seuls maintenant. Alors ma plainte n’est rien finalement, j’ai passé l’âge, j’ai connu la vie. Ceux qui dorment là-bas, dans les petites fosses, n’ont rien connu si ce n’est neuf mois d’attente pour mourir.

 

 

J’ai quarante-cinq ans. Je disais hier, en blaguant, être au seuil de mon éternelle jeunesse, avoir encore une moitié de temps à vivre. Ironie du soir, mon sort est ailleurs. Je pensais n’avoir consumé qu’une infime partie de l’immensité terrestre. Le monde est si grand. Sa découverte se décline à l’infini. Les hommes avaient besoin de moi, j’en suis sûr et j’avais besoin d’exister pour survivre à mon angoisse. Tout quitter, beaucoup trop vite, soudainement. Vite, la voilà qui rode. Non, ce n’est pas encore elle. On n’est pas à la seconde. Mes minutes ici-bas se sont transformées en jours. Le moindre état d’éveil je leguette. Je le saisis. Je meurs, en fait, en bouffant la vie, en débordant de volonté de consommerl’instant. Pris par la fatigue, en panne d’énergie, je m’épuise à survivre, me condamne. C’est de l’automutilation. Les seuls moments où je tiens bon, je les passe à écrire ceci. Comme si mes mots allaient passer le cap ! Ils tariront dans les bas fonds d’un cercueil. De préférence une urne, c’est mon souhait.  Si par hasard tu les lis, toi l’inconnu, alors suis-moi, c’est que quelqu’un les a ramassés pour toi et ce monde qui s’écroule. Viens, je t’emmène te perdre, en ma compagnie, sur les chemins du paraître, sur la longue route de ma dernière analyse. Les sentiments que j’ai sur cette société contemporaine qui va me voir mourir, je te les offre en cadeau d’adieu. Sache qu’il existe, au-delà de cette offrande macabre, une possibilité de réagir, de refaire surface et plus simplement de retrouver le bonheur que les hommes ont mis entre parenthèses. La solution se trouve où nous ne l’attendons pas, où nous ne pensons pas la voir apparaître : au bout d’une main tendue ou d’un sourire, d’un geste ou d’un mot de réconfort, d’un réveil spirituel ou d’un cri, d’une chanson qui raconte une tranche de vie.

 

 

D’être au seuil de ma mort ne donne pas une assise à ma vérité. Je n’ai aucune prétention. Mais je crois être bon et conscient. Les priorités ne sont pas celles auxquelles ils pensent. J’affirme que les humains se perdent dans une brumeuse mondialisation ; que leurs rêves sont voilés d’un crémeux brouillard opaque, épais ; que l’information, qui dirige les esprits, développe trop d’armées de faux sentiments ; qu’ils gâchent par leurs ignorances et leurs courbettes, l’essentiel bien dont ils ont besoin pour subsister. La Liberté avec une majuscule. Un tout petit brin de liberté pour le bonheur à la clef. Plus une dictature mais un monde où l’égalité reprendrait ses droits. Pas une utopie. Un monde qui vit, qui respire, qui s’oxygène, qui fait relâche. Avec des peuples qui mangent, qui se soûlent d’air respirable, qui cessent de se regarder le nombril, quidénoncent et condamnent violences et injustices, qui se prennent en mains, qui réagissent.

 

 

Un univers et une terre où il ferait bon vivre, sans peur des pollutions ou des guerres idiotes, sans la frayeur imposée par les armes biologiques ou les mutations génétiques, sans ces plaintes montant des peuples riches qui pleurent sur ce qu’ils n’ont pas, plutôt que de comprendre la chance qu’ils ont. Je veux le partage, bon sang, et la libre pensée. Oui, au moins que l’on puisse penser sans entendre toujours les directives du totalitarisme parfait. Le pouvoir, les pouvoirs. Le pouvoir des pouvoirs. La pensée unique prédomine. Les biens pensants en général et les autres « littéromânes », dont je ne comprends plus les mots, doivent se taire un instant et cesser d’apporter la confusion au coeur même de leur propre absurde mégalomanie : à mettre au feu tout ça, entre guillemets pour un temps.

 

Refaisons notre dictionnaire avec humanité, vite, car au loin j’entends la jeunesse qui gronde et la fracture que je lis dans ses yeux n’est que le reflet d’âmes brisées, d’humains ayant envie d’autre chose. Les jeunes crient, non pas d’avoir mal, mais parce qu’ils commencent à comprendre ce que nous leur avons laissé en héritage : une planète à reconstruire, à bout de souffle, un morceau de terre ruinée par notre inconscience et notre soif de domination, une ressource à l’agonie. Je pars et mon constat est affligeant. Je n’ai plus rien à perdre, je n’ai plus à me cacher du regard des hommes. Si je parle, si j’écris, si je dis, alors je meurs libre. Je ne quitterai pas cette étoile avant d’avoir réglé ma dette. Je peux me lâcher sans redouter les insultes, je peux écrire sans que ma plume ne soit dirigée par un autre. L’esprit critique doit retrouver sa conviction et son essence au coeur même d’une réjouissance que je nomme liberté.  Quarante-cinq ans, c’est peu mais déjà pas mal finalement. Il y a c’est vrai, encore, les enfants des pays pauvres, condamnés dès la sortie du ventre, la faim aux tripes ; l’Afrique et son sida, triste agonie d’un peuple ; la Colombie et son effroyable coke ; l’Amazonie et ses forêts décadentes ; les ressources halieutiques au bord de l’épuisement ; et tout le reste. Oui, on le sait, on passe, on oublie. Il est toujours plus simple de se mettre à penser comme ceux que l’on haïssait hier. J’aime les complications et poursuis ma route à contresens. Contre courant, je vais balancer une flopée de mots qui vont déchirer le voile et traiter de l’insolite situation dont personne ne veut parler.

 

Ce que le monde m’a montré, je le garde. Ce que mes semblables m’ont donné d’eux, je le garde. Je pèse, j’analyse, je trie et je me barre. Après c’est simple, vous n’entendrez plus parler de moi et de cette espèce de vague à l’âme que je laisse traîner derrière mon passage.  Je crache mes mots comme un cracheur de feu se mettrait à flamber des injures. Celui qui ne pense pas comme les autres est en panne d’opportunités, il est en marge des êtres, il dérive sans que son corps ne puisse suivre, c’est un hors terre. Tant pis, je prends le radeau de la dérive, de la dérision et je pagaie sur un océan de maux qui me porte vers l’absolu départ. Ce chemin qui me mène vers ailleurs fait quelques pages, quelques mots d’amour, quelques révoltes intérieures de plus, quelques dérisions.  Tout cela forme des lignes comme ils s’en dessinent sur le sable lorsque la mer se retire à marée basse. Une infinité de phrases insolentes que tu feuillettes et qui s’effacent. Je n’attendrai pas que la marée remonte, il fait déjà nuit dans mon âme. Je patienterai seulement jusqu’au retour de Camille, l’unique espoir qu’il me reste, si j’en ai la force. En l’attendant, j’écris.

 

Extraits ” En Attendant Camille, Le Monde S’Ecroule “. Interdit à la reproduction. ISBN 2-9518256-1-7. Ouvrage de Batistes (pseudo de Yann Chollet) aux éditions du Vent 2006.

oct 21 2008

Poésie du jour

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Photo exclusive de la grande grue intra muros : yann chollet

 

Se soumettre à rendre l’encre à la plume. C’est paraître en attendant meilleure lune. Laisser un temps le discours des autres planer. Est-ce se résoudre à tant de dégoût, lassé ? Peut-on s’estomper dans le silence d’un moment ? Pour que tout, par magie, s’éclaircisse un instant. Le monde s’évade et nos vies sont passées. Je me noie dans les yeux des enfants assassinés. Ils sont plusieurs à crier, leur cœur est fendu. Pourquoi merde tous ces drames et toujours, irrésolus ?

 

Se soumettre à rendre le paraître à la plume. C’est partir tête baissée en quittant la tribune. Laisser trop de chance à l’unique pensée. Est-ce se pendre à la corde des mots délaissés ? Peut-on se suicider en toute quiétude devant les biens pensants ? Sans rien dire, sans écrire, sans chanter, sans sentiments. Le monde s’étire et nos âmes sont errantes. Je me noie dans les regards des femmes battus suffocantes. Elles sont tristes et plus d’une larme a coulé. Les ordures ça existent, la guillotine est cassée.

 

Se soumettre à rendre le départ à demain. C’est dormir humilié en ne rêvant plus rien. Laisser sa viande se trimballer au grès du vent. Est-ce l’objectif des humains de maintenant ? Peut-on n’être qu’un vide, qu’un néant toute une vie ? Pour que rien ne soit fait, rien ne soit dit. Le monde s’échappe et nous avec. Je me noie dans les hurlements de l’Afrique en obsèques. Sida, ils sont si nombreux à périr, alors que si peu ferait tant pour l’avenir. Les mères, les maris, les femmes, les enfants…..Que faisons-nous, de nos vies, pour aider les gens ?

oct 21 2008

L’Europe débat sur FR3 (Archive Avril 2005)

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Lundi 25 avril 2005, FR3 proposait un débat animé, faut-il le dire, par une Elise Lucet resplendissante et réactive. L’envie me démange d’ailleurs de lui écrire « une lettre à Elise » pour lui dire ceci : Vous êtes une journaliste comme je les aime, bravo. Bon cela dit, l’émission « débat sur la constitution européenne », n’a pas encore manquée d’être pitoyable, une fois n’est pas coutume. Jamais deux sans trois. Deux phrases me viennent à l’esprit : « Dans le doute abstiens-toi ». Première réplique pour expliquer à ceux qui ne lisent pas, qu’ils ne doivent ni voter et surtout se taire. Est-ce démocratique de partir aux urnes en juin prochain, pour se décider d’une chose qu’on ne connaît pas ? Non. Pour une fois l’abstention serait de démontrer l’inutilité d’un referendum inutile, que nos chers politiciens transforment à chaque heure, un peu plus en une mascarade. « Ah ! La politique est l’art de créer des faits ; de dominer, en se jouant, les événements et les hommes ; l’intérêt est son but ; l’intrigue son moyen : toujours sobre de vérités, ses vastes et riches conceptions sont un prisme qui éblouit » Beaumarchais, un visionnaire ? Oui et surtout réaliste, rien n’a changé depuis.

 

N’entrons pas « dans la caricature » c’est la phrase phare de nos politiciens sur ce traité. Un sacré débat quoi. En écoutant l’émission l’autre soir, j’ai compris pourquoi ils évitent l’écran : parce qu’il les reflète tels qu’ils sont. Que ce soit Barnier ou Voynet,  Philippe De Villiers (qui ne représente que lui-même), Buffet ou Le Pen en passant par Besanceno et Bayrou, Lang, qu’ils sont ridicules lorsqu’ils pensent détenir une vérité. Ce n’est pas possible, désespérant. Pourquoi un invité n’a pas pu prendre la parole et dire : « Mais voyons, vous répondez à côté de la plaque. Vous nous méprisez, nous emmerdez, revoyez votre copie et repassez plus tard ». Ah Coluche que de sketchs en perspective ! Personne n’a repris le flambeau, en France maintenant, on bande mou sur la prise de parole et sur tout d’ailleurs. Chacun pour sa pomme, tous pour moi, tout pour moi et rien pour les autres. Cela n’a rien à voir avec le traité établissant une constitution européenne, je le sais. Elle n’y changera rien non plus d’ailleurs. Mais vous remarquerez que la plupart des questions abordées ce soir là, sur un plateau télé transformé en hémicycle (mise en scène assez affligeante), n’avaient pas grand chose à voir avec ce referendum.

 

Bref, on nous dit d’aller voter oui, on nous dit d’aller voter non ; on pose des questions hors cadre puisque personne n’a lu ; les politiciens sont ailleurs, à espérer un siège vraisemblablement pour leur propre fesse ; les médias font leur petite salade pour nous divertir et vendre du papier ; on fait jaillir des grandes peurs sur le méchant américain qui nous bouffe déjà depuis bien longtemps ; on nous fait découvrir que la Chine n’est plus un pays sous-développé. Oh là là, la catastrophe les petits enfants, aurait lancé Guignol. Oui, les guignols ne sont plus que des marionnettes, mais bien en chair et en os. Tout ceci présentant un avantage, tout de même, celui de nous faire oublier notre triste quotidien. Au restaurant, dans les cafés, dans les discussions, on bouffe de la constitution européenne à tous les râteliers. L’indigestion venant finalement à la lecture du traité. L’addition s’il vous plaît. Heureusement, nous serons bientôt sauvés. Dans quelques jours tout le monde aura son beau petit livret, dans la boîte aux lettres, pour apprendre sa leçon. Connaissant la difficulté de lire les X pages de ce beau traité, il est par avance regrettable que Madame Marcel, qui habite au 50ème étage de la tour de béton n°6 et qui sort en moyenne une fois de chez elle, le samedi, pour se ruer au temple de la consommation regarder les produits qu’elle n’achètera jamais, ne lise pas une seule page du dit traité. Combien de mesdames Marcel ne le liront pas ? Combien iront pourtant voter ? C’est une problématique…

Arrêtons les débats télévisés stériles où les prétentieux s’écoutent, où nos politiciens (de tous bords) nous font regretter d’avoir voté pour eux.

Batistes

oct 21 2008

L’Europe en Question (Archive avril 2005)

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Réalité des plus navrante mais bien réelle : Selon un sondage IFOP récent, 86 % des Français n’ont pas encore lu le traité établissant une constitution pour l’Europe. Bien qu’un sondage ne reste qu’un sondage, ce dernier montre l’intérêt des Français pour l’avenir ! Un intérêt d’une importance majeure donc, pour les 14 % qui ont tenté l’effort. Reste à savoir combien de lecteurs ont tout assimilé du dit document. Comment sur de telles bases, Giscard peut-il déclarer dans un entretien avec Ouest-France du mercredi 30 mars 2005 : « Les jeunes sont pour l’Europe. Ils savent que leurs chances d’avenir passent par elle ». Par quel jeu de subtilité, peut-on encore lancer, de nos jours dans la presse, des vérités de ce genre ? Si les jeunes sont pour l’Europe, d’après le résultat du sondage, ils le seraient sans en connaître donc les tenants et aboutissants. Ce qui semble très dommageable lorsquel’on souhaite construire l’avenir. S’il faut voter oui, la tête baissée et les yeux fermés, sans comprendre l’essence même de ce pas à franchir, un référendum s’avère totalement inutile. Seulement voilà, encore une fois, nous offrons par notre manque de réactivité, l’avenir de nos propres intérêts, aux politiciens mais aussi à la presse, qui influence par des prises de position quotidiennes, nos souhaits. Serions-nous des assistés ?

 

C’est faux mais c’est vrai !

 

Pour revenir sur les propos de Valéry Giscard d’Estaing, on note encore : « Je me permets de donner un conseil amical. Dans la Constitution, la partie institutionnelle ce sont les soixante premiers articles. Il n’y en a pas plus que dans la Constitution française. Ils indiquent la manière dont l’Europe doit fonctionner. C’est cela qu’il faut lire. En une heure et demie, toute personne qui a suivi sa scolarité obligatoire peut le faire. Le reste figure pour des raisons juridiques ». Désolé, mais lire uniquement les soixante premiers articles n’apporte pas assez d’arguments pour se prononcer sur un oui ou un non. Cependant, il est vrai qu’après cette heure de lecture, la tête explose déjà et les nausées surviennent. Pourquoi ? Parce qu’il est très difficile de croire aux articles la constituant, étant donné que de nombreux fondements ne sont déjà pas respectés dans notre propre état. Les exemples ne manquent pas, lisez donc. Certes, comme le précisait Sarcosy : « Voter oui pour la constitution, c’est se donner une chance pour l’avenir, ne pas faire un pas en arrière ». C’est vrai, d’autant plus que les articles du traité débordent effectivement d’une volonté de faire bien, d’ouvrir une porte sur une société plus juste. Mais voilà, pour l’heure c’est sur le papier. Et dans nos têtes d’électeurs, de Français de la base, le papier nous fait douter, nous préférons du concret. Et depuis qu’on doute, qu’on a douté, qu’on doutera, le concret on attend souvent. Hors, jusqu’alors, rien de bien concret dans tout cela.

 

Ah l’Europe ! Ah l’Euro et la baisse des prix !

 

La dernière chose concrète qui nous vient de l’Europe c’est l’Euro. Là aussi, sur le papier c’était bien et les politiciens étaient montés au créneau pour nous avertir de la chance qui s’offrait à tous. Nous l’avons reçue en pleine poire, cette chance. L’augmentation extravagante des prix nous a offert la chance de nous taire, devant le fait accompli. Inutile de me croire sur parole, mais regardez donc au fond de votre porte-monnaie lorsque le cadi est plein. Alors oui, on vous dira que les prix ont baissé…sur les ordinateurs portables oui, sur les home-cinéma oui, sur l’électroménager peut-être, sur les canapés en cuir oui…Mais sur le paquet de nouilles non, sur l’essence non, sur les assurances diverses non, sur les biens de consommation courante non…

 

Lisez, sachez, votez ! Vaut mieux que : Votez, Big Bang Boum !

 

Alors peut-on douter de ce traité, qui établirait une constitution pour l’Europe ? Oui, c’est notre droit le plus profond. Maintenant, avant d’aller voter bêtement ou encore de se laisser endormir par les 14 % qui en connaissent le contenu, lisez-le plutôt deux fois qu’une. Et cela même si vous avez la migraine au bout de deux pages ; même si vos enfants tournent autour de vous et que vous n’arrivez pas à une concentration maximale ; même si vous êtes épuisés de votre journée ; même si c’est plus cool d’aller à la plage entre copains ; même si vous croyez que les politiciens s’en sortiront sans vous

 

Nous ne le savions pas

 

S’il faut voter, et il le faut, que ce soit pour dire oui ou merde,faisons-le au moins une fois en connaissance de causes. Ainsi, nous ne pourrons pas dire à nos enfants : « Nous ne le savions pas ».

 

PS : Petit détail : l’Ode à la Joie, qui est l’hymne de l’union, est déjà un très mauvais choix. Je m’explique : L’union c’est pourquoi ? L’avenir. L’avenir c’est pour qui ? La jeunesse, nos enfants. La jeunesse écoute-t-elle ce genre de musique ? Non. Connaît-elle d’ailleurs les paroles, un peu assourdissantes et hors cadre, de cette chanson ? Non.

oct 21 2008

La Balade d’un provincial à Paris (archive 2005)

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Photo Crs manifestation paris : trop top

En visite à Paris pour signer « le contrat de ma vie », qui me classait définitivement dans le clan des bouches cousues, des illustres écrivains qui cèdent leurs droits d’auteur pour bouffer, je profitais de l’occasion pour faire un petit tour au cœur de la capitale. Ah Paname ! La grande et belle ville architecturale avec sa pollution à outrance et son flot de regards vides. Ah Paris ! Ses vitrines démesurées à l’image de l’endettement des Français. Ah Capitale ! Comme tu inspires tant de contradictions à la fois ! Tu restes, sans aucun doute, une source incommensurable pour mon esprit décousu en quête de ressentiments humains. Tu sais rendre triste ceux qui ouvrent les yeux et qui marchent dans tes rues dans l’espoir de ne pas s’y perdre. Tu peux également rendre heureux par la beauté que tu reflètes à chaque coin de tes artères ; par l’immensité de ta tolérance envers les peuples venus d’ailleurs. Il te suffirait  d’un peu d’humanité enivrante, pour ressembler à une place idéale. Mais voilà, il te manque encore l’essentiel. Pas à toi bien sur, mais à ceux qui foulent tes pavés.

 

Photo Crs manifestation paris : dérive

 

D’abord, j’ai attrapé un métro pour me plonger au cœur du système. Le métro amuse toujours le provincial. L’odeur y était coutumière, à l’identique de ma dernière visite, lorsque j’avais suffoqué par manque d’oxygène. Ici, le regard de ceux qui ne te regardent jamais, sauf en cachette, est vide de tout. C’est peut-être pour éviter d’accrocher un reproche ou une brimade, une main tendue…Je ne sais pas, mais l’impression d’être de trop s’impose à l’esprit. Dans le métro, les gens ne savent plus sourire, les rencontres sont improbables et le temps manque de toute façon. Un sourire pourtant, un regard, ça coûte quoi ? Alors comme les autres, ici, on met les voiles, on passe son chemin sans rien attendre. Le jour, c’est cela le métro. La nuit, c’est une surprise qui déchire l’imagination. Des centaines d’êtres à la dérive dorment sous les lumières synthétiques. Ce n’est pas de la pitié qui vient à l’esprit, mais l’injustice et l’envie de ne plus croire au mot démocratie. La misère se trimballe par ici et là. Les autres, ils accélèrent le pas, la nuit ne rassure pas. Bêtement, j’allume la cigarette d’un pauvre type au visage déchiré, je discute quelques instants. A chaque minute qui passe, une ride de plus sur sa peau meurtrie. En venant là, à la rencontre de la misère, j’ai l’impression de venir d’ailleurs, d’un monde à part où la déchirure est inexistante. N’est-ce pas « le pire » d’être à la rue, ainsi, une bête, n’être même plus un coût pour la société ? ” Cela doit-il être, cela est ! “

 

Les CRS attaquent

 

photos exclusives CRS par Yann Chollet : journaliste pigiste disponible pour missions

 

Les questions qui fourmillent dans ma tête avant de m’endormir, m’empêchent de sourire et d’être heureux. Alors, suis-je ridicule et dois-je me contenter de fermer les yeux, moi aussi, de me transformer en parisien, pour mieux profiter de demain. Je crois que je suis au bord de la mélancolie. Demain se lève et Paris grouille déjà de gens. La place d’Italie présente bien, cosmopolite, majestueuse. Je reprends le métro mais ne me résous pas à baisser la tête, l’envie de croiser un regard est trop forte. J’entends trois jeunes noirs, environ la quinzaine, discuter à mescôtés. J’écoute, je souris, ils me questionnent, nous discutons, c’est riche et drôle…Les autres gens me dévisagent !  Qu’ais-je fait ? Je m’en fiche. Je sors admirer la place Denfert Rochereau. Je bulle, je profite du moment. J’aperçois des dizaines de camions de CRS, je fais le tour de la place, ils sont des milliers à attendre quelque chose. Mon âme de journaliste reprend le dessus. Je devais repartir à 14 heures vers Saint-Malo, tant pis, j’attends finalement que ça bouge. Au moins une cinquantaine de policiers en civil tourne alentour, les RG sont là, la B.A.C aussi. Enfin, vers 14h30, les lycéens arrivent par centaines. Ils sont rapidement 2.000 à se regrouper. Le cortège commence sa marche, quelques cris incohérents parviennent à mes oreilles. La revendication n’est pas claire

 

 

 

Ce mercredi 13 avril, La mobilisation policière est totalement démesurée par rapport à l’ampleur minime de la manifestation. Toutes les artères où passe le cortège sont bloquées par des CRS. Cependant, erreur grossière, une rue est ouverte et une centaine de jeunes s’y engouffre en courant. La course est ouverte mais un peloton arrive à rattraper les insouciants. Ça tape à la matraque, ça gaz sérieux et c’est là que naît ma première photo (voir ci-contre). Preuve que les CRS frappent pour peu, ce jeune n’avait rien fait, j’en suis témoin, carte de presse en poche. Les autres se font remettre en place, la bataille est inégale. Tout rentre dans l’ordre, les jeunes sont de bons moutons, la police bergère. Avec 3.500 manifestants, la manif prend de l’ampleur à l’arrivée « place de la Bastille ». Voulant s’engouffrer dans une venelle, les jeunes sont refoulés par un peloton de Gendarmerie, cette fois, plus dur et moins patient. Les tirs de Gaz volent dans l’espace (voir photo) et maintenant les passants comme les lycéens, comme les gendarmes et moi, nous sommes en larmes. Et oui, avant de tirer messieurs, il serait bon d’observer le sens du vent. Logique non ! Les policiers en civil font le ménage en écartant, avec ardeur, les plus récalcitrants. Avec une violence parfois qui laisse perplexe

 

Vers 19h, l’affaire est réglée. Les lycéens ne se sont pas fait entendre, les policiers ont démontré leur force. La démesure du déploiement coûtera quelques milliers d’euros au peuple perplexe. Mince, j’ai 5 heures de retard. La nuit va tomber sur Paris et le provincial repart avec ses rêves, ses regrets, son amertume, une bribe de dégoût en guise de réconfort. Il n’y aura pas de révolution ce soir, il n’y aura de résolution à la misère, les parisiens continueront de se parler à eux-mêmes. La vie attend ailleurs. Le temps passe et l’humanité stagne.

 

Batistes

oct 21 2008

Putain d’incohérence à la Une (Archive 2005)

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La grippe aviaire avant le Pakistan, l’Afrique, le reste…

 

En cas de grippe aviaire, nous pourrions peut-être partir au Pakistan, puisque tout va bien sur place. Du moins c’est ce que pensent les médias, qui occultent le tremblement de terre et la misère des gens, la détresse humaine. Les médias qui omettent d’interroger nos dirigeants pour leur demander ce qu’ils font. Tant de pages sur l’Amérique, tant de pages sur une grippe aviaire mortelle qui pourrait arriver. Et si nous vivions de si. Tant de mots sur les politiciens qui se gargarisent de leur propre ego. Il y a des pays, des faits divers, des peuples qui n’intéressent pas. Ou bien trop peu, ou bien moins que d’autres, c’est sur. Regardons l’Afrique, la Colombie, l’Inde. Comptons les articles de fond, dans la presse, sur le Pakistan, c’est rare en ce moment ; les journalistes se mobilisent autour d’une potentielle grippe. Générer la panique fait vendre de l’info sensation. Les quotidiens sont en crise et utilisent les mêmes principes que la presse people, qui elle, s’en sort.

 

Un peuple en dérive

 

D’ici, j’ai vu les yeux des enfants et de cette vieille femme qui souffraient en silence, là-bas, comme pour s’excuser. S’excuser de quoi ? De souffrir et de ne rien attendre des autres. S’excuser d’être mutilé par la nature ; cette nature que d’autres peuples ne cessent de dévaster. S’excuser de rester digne face à l’oubli des frères humains « qui après nous vivrez… ». S’excuser d’avoir le corps, qui se gangrène par manque de soins ; par manque de soutien. Connaît-on la souffrance que procure un pied, à demi-tranché, qui pourrit à l’air ? Que ferions-nous s’il s’agissait d’un enfant d’ici, de France ? Notre réaction serait-elle identique : L’indifférence. J’ose croire que non ! Alors politiciens de France, réveillez-vous et aidons ce peuple en dérive, vite. A moins que d’autres échéances électorales, viennent encore polluer votre quotidien, retardent votre action envers le Pakistan. N’est-il pas possible de parachuter une aide humaine et pharmaceutique plus rapidement ? Sommes-nous donc plus doués pour faire la guerre et utiliser « les frappes éclaires chirurgicales », que de distribuer de l’humanité ?

 

L’espoir dans la souffrance 

 

Ça a tremblé de l’autre côté de la planète et nous sommes en France à clamer nos petites angoisses quotidiennes, à nous lamenter sur notre bourse vide en fin de mois et même en début maintenant, résultat de notre endormissement journalier. On se lamente d’être devenu des moutons à la langue coupée. Ailleurs, des gens qui souffrent, vivent une tragédie, se taisent et contiennent leur rage, pleurent en silence et se ressassent les images qui ont dévasté leur vie. C’est une leçon que nous devrions regarder avec nos âmes. Leur passé n’est plus, d’ailleurs qu’était leur vie, avant. Aujourd’hui, en tous cas, elle n’est que néant pour un grand nombre. C’est trop de dureté à la fois, trop d’injustice.

 

A  la  Une : tout pour attirer le lecteur

 

Un tremblement de notre planète a donc dévasté des existences et nous, on se tait. Pourquoi ne pas mondialiser la bonté humaine, plutôt que de tenter toujours de mondialiser l’économie avant tout ? Oui, pourquoi nous laisser dominer par cette économie disproportionnée qui ravage les petits peuples et génère plus de misère. Alors certes, c’est la dignité au ventre, comme toujours, que les Pakistanais gardent l’espoir malgré tout. Et nous, nous perdons le nôtre à chaque article de presse vide. A chaque article de presse incohérent. A chaque article de presse qui ne dit rien. Alors oui, ça a cogné dans les cœurs au Pakistan ; un peuple s’écroule, et nos journaux parlent de grippe aviaire. Putain d’incohérence, encore, ce matin à la une.

 

Batistes.